Cinq candidats pour diriger Sciences Po Bordeaux, enjeux et contestation
Cinq candidats pour diriger Sciences Po Bordeaux

C'est une profusion inédite de candidats pour le poste de directeur de Sciences Po Bordeaux (SPB). Pour l'heure, ils sont cinq – tous des hommes – à avoir officiellement déclaré leur intérêt, en attendant la validation finale des candidatures. Les prétendants peuvent sortir du bois jusqu'au 21 mai. Ce sera au conseil d'administration (CA) du 26 juin d'élire le candidat proposé au ministère, qui devrait nommer le directeur pour une prise de poste en septembre.

Un processus de sélection ouvert

Jusqu'à présent, l'établissement – qui compte 2 200 étudiants – était davantage habitué aux passations consensuelles. En 2026, l'avis qui encadre le processus est relativement généreux : le futur directeur peut être choisi « parmi les personnes qui ont vocation à enseigner à l'IEP de Bordeaux ». Quatre candidats arrivent de l'extérieur. « Cela montre l'attractivité de l'établissement », analyse Mathieu Gallet, ancien directeur de Radio France et président du CA.

Les défis de l'école

Sciences Po Bordeaux est à la croisée des chemins. Toujours sélective, l'école des élites n'est plus celle qui formait en trois ans aux métiers de l'administration. Elle s'est ouverte aux carrières dans le privé, a basculé sur cinq ans, intégré Parcoursup et diversifié son recrutement. Ses effectifs ont explosé. Ces dernières années, elle a vu se renforcer l'offre universitaire pluridisciplinaire et le privé venir chasser sur ses terres. Le modèle Sciences Po est challengé.

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Diversité des sciences sociales

Après un mandat, Dominique Darbon ne devrait pas rempiler. Mais il ne l'écarte pas totalement. « S'il devait y avoir un risque pesant sur l'établissement, avec des choix qui me paraîtraient contre-productifs ou dangereux pour la réputation, la visibilité et le positionnement de notre école. » Ses inquiétudes portent notamment sur la pluridisciplinarité et l'international. Des paroles qui font lever les yeux de Gilles Pinson vers le ciel. Le professeur en sciences politiques, enseignant chercheur à SPB depuis 2013, est le seul candidat déjà présent en interne. « L'exagération du risque pesant sur la pluridisciplinarité a été un problème durant le mandat actuel. Tout le monde est d'accord sur ce qui fait la richesse de Sciences Po : les étudiants sont formés à la diversité des sciences sociales au sens large, avec une ouverture sur les mondes professionnels. »

Le futur directeur devra manœuvrer avec la frange la plus remuante de ses étudiants, politisés à l'extrême gauche. Les candidats sont en train de consulter afin de ficeler leur projet. Plusieurs semblent se rejoindre sur les fondamentaux. « Un enseignement adossé à la recherche, c'est la différence majeure avec le privé », rappelle aussi le candidat Olivier Pujolar. L'ancien vice-président de l'Université de Bordeaux, juriste en droit social, connaît bien l'établissement, dont il a été membre du CA. Également sur la ligne de départ, David Mélo est passé par SPB en tant qu'étudiant. Le professeur en sociologie est actuellement vice-président à l'Université Savoie Mont Blanc.

Vent de contestation

Les chantiers ne manqueront pas à SPB, à l'instar du projet de rapprochement des neuf IEP de province, dont les contours restent à définir, ou l'application de la réforme du second cycle pour les masters. « La personne qui sera désignée devra projeter l'école vers l'horizon 2030, avec une mue de l'offre de formation, estime Mathieu Gallet. L'impact de l'intelligence artificielle est un enjeu clé. » Dans un mandat qui sera marqué par l'élection présidentielle, le futur directeur devra manœuvrer avec la frange la plus remuante de ses étudiants, politisés à l'extrême gauche. Blocages, interruptions de conférence… Les actions se sont multipliées ces dernières années, concernant la Chaire défense et aérospatiale ou le traitement des violences sexistes et sexuelles (VSS). En 2022, les étudiants avaient empêché la venue du leader du Rassemblement National, Jordan Bardella, à SPB. En interne, plusieurs membres de la communauté décrivent une ambiance « pesante ». Dominique Darbon indique que plusieurs plaintes ont été déposées.

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Gilles Pinson déplore « ces paniques morales qu'on essaye de lancer sur les IEP, en parlant de ''wokisme'' et ''d'islamo-gauchisme''. Le monde politique doit être très prudent lorsqu'il émet des jugements à l'emporte-pièce ». Concernant les VSS, il considère que la cellule de veille et d'écoute (CVE) « fait un très bon travail. Après, il y a la dimension du traitement disciplinaire. Là, on est moins armés ». Cette année, une quarantaine de signalements ont été reçus par la CVE. Sciences Po Bordeaux fait partie des signataires d'une convention avec les autorités judiciaires et le rectorat, visant à donner un cadre aux établissements.

« Le changement d'administration changera peut-être quelque chose à la marge, jauge un étudiant de SPB engagé au sein de la contestation. Mais c'est la mobilisation directe qui fait bouger les lignes. » Le futur exécutif est prévenu.