Carqueiranne : le maire dénonce un « passage en force » du préfet
Carqueiranne : le maire dénonce un passage en force

Dans un long communiqué publié ce jeudi matin, Arnaud Latil, maire de Carqueiranne, donne sa version des faits concernant le projet immobilier que le préfet vient de valider en centre-ville. Il dénonce un « écart considérable entre le discours présenté aujourd’hui et la réalité concrète des faits ».

Un « passage en force » selon le maire

« On nous parle de compromis. Très bien. Mais je cherche ce compromis, et je ne le trouve pas. Quand une décision est imposée contre l’avis de la commune, contre l’avis de son conseil municipal, et contre la volonté exprimée par une très large majorité de la population, ce n’est pas un compromis. C’est un passage en force. Les mots ont un sens », commence le maire.

Il poursuit : « On nous parle également d’une main tendue. Là encore, je cherche. La décision prise aujourd’hui anéantit plusieurs années de travail, de discussions, de tentatives patientes de construire quelque chose d’équilibré. Elle ouvre surtout, et c’est le comble, la voie à de nouveaux recours, à de nouvelles procédures, qui auraient pu être évités si le dialogue avait été sincèrement privilégié. »

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La question du logement social

Revenant sur la question centrale du dossier, le maire rappelle que le débat n’a jamais porté sur le logement social en tant que tel. « J’avais moi-même proposé de passer de 54 à 100 logements sociaux sur cette parcelle. Cent logements ! Cette proposition a été refusée par les services de l’État. Comment peut-on, dans le même temps, reprocher à la commune son manque de logements sociaux et rejeter une proposition qui permettait précisément d’en construire davantage ? », s’interroge-t-il.

Il souligne également une contradiction : « J’entends par ailleurs que cette opération serait nécessaire pour soutenir l’activité du bâtiment. Soit. Mais dans le même temps, l’État a engagé un recours contre un projet de 82 logements en résidence seniors, une forme d’hébergement qui répond pourtant à un besoin réel, identifié. Les positions, là encore, paraissent difficiles à suivre. »

Un projet « prématuré, dangereux et inadapté »

Le maire rappelle son opposition de longue date : « Je n’ai jamais caché mon opposition à ce projet tel qu’il était conçu. Je l’ai toujours considéré comme prématuré, dangereux et inadapté à la capacité d’accueil réelle de notre commune. Les échanges engagés avec le promoteur n’ont jamais signifié une adhésion au projet, mais la volonté de chercher des solutions plus raisonnables. »

Il conteste également les affirmations sur une amélioration esthétique : « Il y a un an, Monsieur le Préfet lui-même nous expliquait que le projet devait être revu en profondeur, qu’il ne présentait aucun caractère provençal, et qu’il fallait que le promoteur revienne vers la commune pour retravailler ensemble à une version comprise entre 100 et 120 logements. Cette concertation n’a jamais eu lieu. La seule réponse a été le dépôt, par l’intermédiaire d’un huissier, d’un nouveau permis de construire à 171 logements. »

« La confiance ne se décrète pas »

Le maire remercie ceux qui l’ont soutenu, notamment Jean-Louis Masson et Josée Massi, et assume d’avoir refusé le protocole proposé : « Je ne pouvais pas engager la commune sur un accord dont les garanties m’apparaissaient insuffisantes. La confiance ne se décrète pas. Elle se construit, lentement, dans les actes. De plus, comment valider un protocole qui se base sur un arrêté préfectoral de substitution des pouvoirs d’urbanisme illégal et un permis de construire avec des avis défavorables des services de la Métropole ? »

Quelles suites ?

Le maire ne précise pas encore ses prochaines décisions, mais il avait annoncé en conseil municipal qu’il attaquerait tout permis de construire devant la justice, et évoqué la possibilité d’une démission collective. Il souligne : « Aujourd’hui, nous assistons à une décision sans précédent sur notre territoire. Elle intervient alors qu’une équipe municipale vient d’être largement reconduite par les électeurs, avec plus de 71 % des suffrages. Ce choix démocratique clair méritait, me semble-t-il, davantage de considération. »

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Il rappelle que depuis plus d’un an, il demande la restitution des compétences d’urbanisme retirées sur cette parcelle, sans réponse favorable.

« Perplexe » sur le style du préfet

Enfin, sur le « style » du préfet, le maire se dit « perplexe » : « Comment interpréter le fait qu’au cours d’une même discussion, il ait été suggéré que ce terrain aurait pu accueillir une aire de grand passage pour les gens du voyage ? Je laisse chacun apprécier la situation à sa façon. »

Il conclut : « Les maires sont en première ligne. Ils connaissent leur territoire, ses contraintes, ses besoins et ses habitants. Pourtant, leur parole est trop souvent ignorée au profit de décisions prises loin du terrain. Le véritable compromis aurait consisté à faire confiance au dialogue, à respecter les élus locaux, et à construire ensemble un projet réellement adapté aux besoins de Carqueiranne. C’est cette voie que j’ai toujours défendue. C’est celle que je continuerai à défendre. »