Bruxelles-Capitale : un record mondial de vide gouvernemental qui perdure
La place de Brouckère, au cœur de Bruxelles, présente un calme trompeur ce 6 février 2026. Pourtant, la troisième région belge traverse une crise politique historique avec plus de six cents jours sans gouvernement de plein exercice. Ce nouveau record mondial, qui dépasse celui du gouvernement fédéral belge établi entre 2010 et 2011 avec cinq cent quarante et un jours, semble paradoxalement avoir peu d'impact visible sur le quotidien des Bruxellois.
Les transports en commun fonctionnent normalement, les services de collecte des déchets sont assurés, et les établissements de santé ainsi que les écoles poursuivent leurs activités. Cette apparente normalité masque cependant une réalité plus complexe et des tensions politiques profondes.
Un blocage institutionnel persistant
Pour certains responsables politiques, cette situation de vide gouvernemental n'a rien de dramatique. Les négociations pour former un exécutif régional sont paralysées par des oukases et des exclusions mutuelles entre les différents partis. La constitution d'une équipe ministérielle, qui doit impérativement respecter des critères linguistiques stricts, apparaît comme une mission impossible.
Le gouvernement bruxellois doit en effet être composé de représentants francophones et néerlandophones, être présidé par une personnalité considérée comme « asexuée linguistique » (hors quotas linguistiques), et compter cinq ministres ainsi que trois secrétaires d'État. Ces exigences institutionnelles complexes contribuent à entretenir l'impasse politique.
Les conséquences sociales invisibles
Contrairement à l'apparence de normalité dans les services publics, l'absence de gouvernement se fait cruellement sentir dans le domaine social. Ariane Dierickx, directrice de l'association L'Ilot à Saint-Gilles, l'une des dix-neuf municipalités de la région Bruxelles-Capitale, témoigne des effets dévastateurs de cette crise politique prolongée.
L'Ilot gère treize centres d'hébergement pour personnes en grande détresse et constitue, selon Mme Dierickx, le « dernier filet de sécurité » pour les plus vulnérables. L'association, financée à 60% par des fonds régionaux, complète son budget par des dons privés et des activités de formation ainsi que de livraison de repas.
La situation des sans-abri s'est considérablement aggravée au cours des dernières années. En quinze ans, le nombre de personnes sans domicile fixe a quintuplé dans la région, atteignant aujourd'hui au moins 11 000 individus. Cette explosion de la précarité illustre les conséquences concrètes du blocage politique, même si les services essentiels continuent de fonctionner.
Le paradoxe bruxellois réside dans cette coexistence entre une apparente normalité administrative et une détérioration sociale accélérée. Alors que la région bat des records de durée sans gouvernement, les associations caritatives doivent faire face à des besoins croissants avec des ressources incertaines, dans un contexte politique toujours plus instable.



