La Brède : la justice suspend la corrida 2026, un an d'interruption suffit
La Brède : corrida 2026 suspendue par la justice

Alors que La Brède (Gironde) s’apprêtait à renouer avec sa corrida dans un mois, après une année 2025 sans spectacle taurin, le tribunal administratif de Bordeaux a finalement décidé, ce mardi 19 mai, de suspendre son autorisation pour 2026. L’estocade aura finalement été donnée par la justice : La Brède n’accueillera pas de corrida en 2026. Après une année sans, la dernière place taurine de Gironde avec Captieux espérait pourtant renouer avec son rendez-vous taurin le 20 juin prochain à l’occasion de la fête de la Rosière. Mais le retour aux arènes a été stoppé net par la justice administrative.

Une dérogation non conforme

Interdites en France par l’article 521-1 du code pénal, les corridas bénéficient d’une dérogation dans certains territoires, lorsqu’elles relèvent d’une « tradition locale ininterrompue ». La formule est au cœur d’une jurisprudence taurine toujours disputée entre aficionados et opposants, relevant parfois d’interprétations différentes. « C’est une décision subjective d’une juge », réagit dans ce sens Michel Dufranc, le maire de La Brède. « Les arguments qu’elle retient me paraissent erronés. »

La semaine dernière, l’ancien bâtonnier avait lui-même plaidé devant la juge des référés. Il tentait alors de défendre la parenthèse de 2025 par une volonté de « repenser le modèle économique » de la course taurine, financée par la commune à hauteur de 120 000 euros. L’année dernière, la Peña taurine des Graves avait alors maintenu une activité avec l’organisation d’une capea et d’une course landaise. Une façon, déjà, d’« occuper le terrain », soulignait l’association.

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Mais dans son ordonnance, la juge des référés a estimé que La Brède ne peut, pour l’heure, plus bénéficier de la dérogation accordée au titre de la « tradition locale ininterrompue ». La magistrate relève notamment que si la commune « motive l’interruption de 2025 par des contraintes budgétaires et de fréquentation », il est alors de vigueur de questionner l’existence d’une véritable « aficion girondine ». « Eu égard à l’absence de tradition taurine dans l’ensemble démographique auquel elle appartient et à la faible affluence du public qui a d’ailleurs justifié l’interruption de 2025, la décision en litige d’organiser une corrida à La Brède en 2026 ne saurait relever de cette exception », peut-on lire dans l’ordonnance rendue ce mardi 19 mai.

« Oui, une année suffit »

Rendu en référé, dans le cadre d’une procédure d’urgence examinée par un juge unique, l’ordonnance de suspension ne tranche pas le fond du dossier. Juridiquement, il s’agit d’ailleurs d’une suspension de la corrida avec mise à mort, et non d’une annulation définitive. « C’est tout de même une décision importante, basée sur une application stricte du droit », se félicite Me Thouy, l’avocate de l’association One Voice. « Nous sommes sur un chemin où la jurisprudence avance sur sa lecture. Oui, une année suffit à rompre la tradition », poursuit l’avocate animaliste, qui fait notamment écho au dossier de Pérols, dans l’Hérault, où le retour des corridas a été annulé en octobre 2025 par la cour administrative d’appel de Toulouse. Il était alors question de 20 ans d’arrêt. « La notion d’interruption avait été tordue, et nous sommes enfin revenus sur une lecture plus juste. »

Les peñas taurines ne suffisent pas

Derrière l’ordonnance, la décision esquisse aussi un début d’appréciation de fond autour du dossier brédois. « La Brède appartient à l’ensemble démographique dont Bordeaux est la capitale, dans lequel des corridas ont été organisées au Bouscat jusqu’en 1961 puis à Floirac de 1987 à 2006. » Quant à Captieux, seule autre place à taurer en Gironde, c’est « sa proximité avec le département des Landes » qui est davantage retenue.

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Au-delà de l’affluence dans « l’arène non permanente », les différentes peñas taurines du secteur – Peña taurine cissacaise, Peña Aficion de La-Teste-de-Buch, Peña taurine Goya de Floirac, Peña Jean-Paul de Carcans – ne suffisent pas, estime la juridiction, « à caractériser la persistance de l’intérêt porté à la corrida par un nombre suffisant de personnes », même en présence d’une structure active autour de la commune, la Peña taurine des Graves.

De son côté, s’il estime qu’il y a « peu d’opportunité d’aller en cassation au vu des délais » qui ne permettraient probablement pas d’obtenir une décision contraire avant le 20 juin, Michel Dufranc attend désormais que l’affaire soit portée « devant le juge de fond » qui devra cette fois rendre une décision définitive. Le maire de La Brède rappelle qu’il resterait au moins une course landaise au programme des festivités de juin. « Ça n’est pas interdit, ça, que je sache. »