Un retrait salvateur pour Bardella ?
Jordan Bardella, pressenti pour être le candidat du Rassemblement national à l'élection présidentielle de 2027, a finalement vu sa route barrée par Marine Le Pen, qui a été autorisée à se présenter. Selon plusieurs experts, ce retrait pourrait lui éviter une campagne désastreuse, comparable à celle de Valérie Pécresse en 2022 (moins de 5 %) ou d'Édouard Balladur en 1995, promis à la victoire mais éliminé au premier tour.
Sondages flatteurs mais craintes internes
Pourtant, les sondages étaient favorables à Bardella. Un baromètre Odoxa-Mascaret des 24-25 juin 2026 le plaçait comme personnalité politique préférée des Français avec 40 % d'adhésion, devant Marine Le Pen (39 %). Un sondage Ifop de fin juin 2026 lui donnait 36 % des voix au premier tour, devançant Le Pen (32 %). Le même Odoxa-Mascaret le donnait vainqueur de tous les duels au second tour sauf face à Édouard Philippe (52-48).
Cependant, Gilles Ivaldi, chercheur au CNRS spécialiste de l'extrême droite, tempère : « Certaines déclarations récentes ont montré qu'il était maladroit et n'avait pas l'expérience pour diriger une campagne présidentielle. » Il cite notamment sa défense lors de l'hommage à Lyhanna, où il a assisté au Grand Prix de Monaco en justifiant : « Des marches blanches, il y en a tous les jours. » Bardella a également semé la zizanie en plaidant pour une réforme des retraites différente de celle de Marine Le Pen.
Inquiétudes au sein du RN
« Il y avait des inquiétudes au sein du RN au sujet d'une candidature Bardella », assure Gilles Ivaldi. Un élu RN, en off, confie : « Il a été calibré pour être Premier ministre, autant rester dans ce rôle. Aussi talentueux soit-il, on n'hérite pas de la France à 31 ans. » Alexandre Eyries, enseignant-chercheur à l'université catholique de l'Ouest, ajoute : « En France, un homme politique doit avoir un certain bagage. Or, Jordan Bardella cumule les inexpériences. »
Les adversaires ciblaient déjà son manque d'expérience : son statut d'« homme n'ayant jamais travaillé » et ses absences au Parlement européen. Un député macroniste regrette : « Jordan Bardella aurait été bombardé de toute part. Il n'avait ni la carrure, ni l'expérience, ni la répartie. Sa campagne aurait été un supplice. »
Matignon, tremplin ou piège ?
En cas de victoire du RN, Bardella serait Premier ministre. Un poste qui a permis à Édouard Philippe ou Gabriel Attal de gagner en stature, mais qui n'est pas sans risques. Gilles Ivaldi rappelle : « Le poste de Premier ministre est certes un peu plus protégé que celui de président, mais reste très exposé. Son inexpérience deviendrait une cible. » Lors des législatives de 2024, le cas Bardella faisait déjà débat pour ces raisons.
De nombreux anciens Premiers ministres (Lionel Jospin, François Fillon, Édouard Balladur) n'ont pas réussi à convertir l'essai pour l'Élysée. Et Marine Le Pen pourrait ne pas vouloir céder sa place : « En cas de campagne réussie, elle se représentera. En cas d'échec, elle pourrait se re-présenter encore et encore », estime Alexandre Eyries. Bardella risque donc de rester enfermé dans ce statut de « Premier ministrable », passant à côté de sa chance. Gilles Ivaldi conclut : « C'est une bonne chose pour le RN, mais pas forcément pour Jordan Bardella. »



