Rapport sur l'audiovisuel public : crise et accusations de privatisation
Audiovisuel public : rapport accablant et polémique

Manque de neutralité et de contrôle, conflits d’intérêts, coûts trop importants : l’audiovisuel public est en « crise » et ne répond plus aux « attentes des Français », juge dans son rapport, publié mardi 5 mai 2026, le député UDR Charles Alloncle. Ce dernier a immédiatement été accusé de vouloir l’affaiblir, voire le privatiser.

Un rapport de 551 pages après six mois de travaux

Au bout de près de six mois de travaux parlementaires émaillés de nombreux incidents et polémiques, les 551 pages du rapport de la commission d’enquête sur la « neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » ont été mises en ligne tôt mardi matin sur le site de l’Assemblée nationale.

Aussitôt publié, aussitôt critiqué

« Disons-le clairement : ce rapport passe malheureusement à côté de l’essentiel. C’est une occasion manquée », a taclé sur X le Premier ministre Sébastien Lecornu. Le Gouvernement prend acte du rapport de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. Le Parlement est dans son rôle de contrôle. Mais les polémiques ne font pas une politique publique. Sur la gestion financière, le travail est engagé depuis l'automne dernier. Il s’appuie…

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Les travaux avaient été lancés à la demande de l’UDR, le petit parti d’Éric Ciotti, allié du RN qui réclame la privatisation de l’audiovisuel public, dans la foulée des accusations de proximité avec la gauche envers les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen.

Que dit le rapport ?

« Nous sommes tous des enfants de l’audiovisuel public français », dit le rapport de Charles Alloncle, qui énumère une longue liste de programmes emblématiques, de Thalassa à Fort Boyard, en passant par La carte au trésor, Taratata ou L’heure de vérité. Mais à ses yeux, le secteur – dont les piliers sont France Télévisions et Radio France – est aujourd’hui en « crise » financière et administrative. Et il aurait « (perdu) le contact avec les attentes des Français », écrit Charles Alloncle.

Des « dérives » pointées

Le parlementaire pointe des exemples illustrant selon lui des « biais militants », « une hostilité ciblée et assumée » à l’égard du RN chez certaines figures de la télé ou de la radio publiques, ou « l’humour érigé en expression militante ». Il dresse aussi un constat financier sombre et la « nécessité de réaliser des économies structurelles ». Parmi les « dysfonctionnements », « le plus grave est sans équivoque le désengagement des autorités de tutelle et de contrôle, lequel a permis les dérives de ce service public ». Il vise par là l’État et la Cour des comptes.

Fusions, suppressions et méthode de nominations

À travers 69 recommandations, il préconise plus d’un milliard d’euros d’économies sur les quatre milliards que reçoit l’audiovisuel public de l’État pour faire fonctionner France Télévisions, Radio France et France Médias Monde (France 24, RFI). Cela passerait notamment par la suppression de la chaîne jeunesse France 4, la fusion de France 2 et France 5, où sont diffusés magazines et documentaires, ou encore celle de France Info et France 24 ainsi que celle des réseaux télé et Radio France 3 Régions et ICI. Il pointe enfin l’actuelle méthode de nomination des présidents de Radio France et France Télévisions, suggérant que ce soit, à l’avenir, le président de la République qui propose un candidat à l’approbation du Parlement. Selon lui, ce système serait plus « pluraliste, démocratique et transparent » et permettrait de « rendre le pouvoir aux représentants des Français ».

Une « perte immense pour le savoir »

« Tout ça pour en arriver là ? […] à un texte qui prétend renforcer l’audiovisuel public en proposant son affaiblissement historique », a immédiatement réagi sur X la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte-Cunci. « Supprimer des chaînes, ce n’est pas simplement réorganiser une grille. C’est retirer du paysage audiovisuel français des milliers d’heures de programmes », a-t-elle dénoncé, redoutant une « perte immense pour le savoir » si France 5 disparaissait.

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Dans l’ombre, la privatisation ?

De son côté, le président de la commission d’enquête, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus a accusé Charles Alloncle de vouloir « préparer les esprits » à une privatisation de France Télévisions et Radio France, souhaitée par ses alliés du Rassemblement national. Selon son avant-propos au rapport, l’objectif de Charles Alloncle était de jeter « le discrédit et d’une certaine manière l’opprobre » sur le secteur, dont il souligne au contraire les « atouts considérables », la radio France Inter dominant par exemple largement les audiences. Dès l’adoption – de justesse – du rapport la semaine dernière, le président du RN Jordan Bardella a réaffirmé la promesse de « privatisation », dont la mise en application serait très complexe aux yeux d’experts, si son parti arrive au pouvoir.

Vers une proposition de loi

Charles Alloncle se défend de porter un tel projet. « Il y a des fusions de chaînes à réaliser », mais « en aucun cas, je ne me suis positionné pour la privatisation », a-t-il déclaré mardi matin à France Info. Cible de nombreuses critiques pour ses méthodes qualifiées « d’inquisitoriales » mais applaudi dans les rangs des contempteurs de l’audiovisuel public, le député de 32 ans espère traduire une partie de son rapport dans une proposition de loi. Il souhaiterait la déposer à l’occasion d’une future niche parlementaire de l’UDR fin juin 2026.