Une minute de silence et des accusations enflammées à l'Assemblée
Ce mardi 17 février, une atmosphère particulièrement lourde et grave règne dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Alors que Yaël Braun-Pivet s'avance vers le perchoir pour ouvrir la séance de questions au gouvernement, le souvenir de Quentin Deranque, un militant nationaliste de 23 ans mort après un passage à tabac en marge d'une conférence de Rima Hassan à Lyon, jeudi dernier, plane sur l'assemblée. « Personne ne devrait pouvoir, à 23 ans, personne ne devrait mourir pour ses idées », déclare avec émotion la présidente de l'Assemblée. Elle cite ensuite Robert Badinter avant de proposer une minute de silence solennelle : « Dans une démocratie apaisée, ce n'est pas l'affrontement qui doit régner mais le droit. » L'ensemble des députés se lève, à l'exception de quelques retardataires comme Alexis Corbière et Thomas Portes.
Les hommages cèdent la place aux affrontements politiques
Une fois les hommages rendus à Quentin Deranque, la bataille politique reprend immédiatement ses droits, avec une virulence inhabituelle. La députée RN Tiffany Joncour attaque frontalement : « La mouvance antifa porte une très lourde responsabilité dans ce meurtre ». Elle accuse sans détour « certains membres de cet hémicycle » d'avoir « encouragé » ces groupuscules, jetant des regards explicites en direction des bancs de La France insoumise.
Au nom du gouvernement, Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, adopte une stratégie de division de la gauche. Il félicite d'abord des figures comme Jérôme Guedj, Raphaël Glucksmann et Michaël Delafosse, avant de cibler plus spécifiquement LFI et « ceux qui arment moralement les armes des tueurs ». « La Jeune Garde tue et LFI devrait le condamner […] La brutalisation de la vie politique doit arrêter », insiste-t-il, faisant référence au député LFI Raphaël Arnault, absent ce jour-là. Dans la soirée, son assistant parlementaire, Jacques-Elie Favrot, sera d'ailleurs interpellé avec trois autres suspects.
La droite enfonce le clou, la gauche tente de naviguer
Laurent Wauquiez, chef de file des députés LR, renchérit avec force : « Cette violence ne vient pas de nulle part. Aujourd'hui, l'extrême gauche a du sang sur les mains. » Le Premier ministre Sébastien Lecornu lui répond en appelant à « la grande clarté » et à sortir de « toute ambiguïté », visant clairement LFI sans la nommer. « Ce qui se passe parfois, ici, dans cet hémicycle, peut infuser dans la société », met-il en garde.
Le Parti socialiste tente quant à lui de maintenir un équilibre précaire. Sandrine Runel assure que « la République ne tolère ni la violence ni les silences », tandis qu'Arthur Delaporte, porte-parole du groupe PS, tente de nuancer : « LFI a fait le choix d'une posture radicale […] Même si ce n'est pas elle qui a tué ce jeune […], elle a contribué à attiser un certain nombre de violences dans l'espace public mais sans jamais appeler à la violence. Il faut faire la différence entre les deux. »
La réponse de LFI et la réaction cinglante du Premier ministre
Mathilde Panot, présidente du groupe LFI, prend finalement la parole au milieu de la séance. « Mes premiers mots vont à la famille endeuillée de Quentin. Nous n'acceptons pas que la violence physique soit employée pour régler des conflits », déclare-t-elle. Elle énumère ensuite d'autres victimes de violences et accuse le gouvernement de ne pas avoir prévu de dispositif policier pour sécuriser la conférence de Lyon. « Aucun Insoumis n'est impliqué, ni de près ni de loin », assure-t-elle fermement.
La réponse de Sébastien Lecornu est cinglante : « Ce que vous venez de faire est absolument ignoble et abject ». Le Premier ministre tonne : « Lorsque l'on est humaniste, on n'oppose pas un mort à un autre mort […] Il est temps que vous fassiez le ménage, madame la présidente Panot. Le ménage dans vos propos, le ménage dans vos idées, le ménage dans vos rangs. » Des brouhahas de soutien éclatent à droite et au centre, tandis que la députée communiste Elsa Faucillon lance un « Non mais oh ! » indigné.
La polarisation redevient palpable lorsque Jean-Luc Fugit, député Renaissance, renvoie dos à dos LFI et le RN, provoquant la colère de l'insoumis Éric Coquerel. L'émotion et les hommages du début de séance semblent bien loin, laissant place à un affrontement politique exacerbé. On ne peut s'empêcher de penser aux mots prémonitoires de Gérard Collomb, ancien ministre de l'Intérieur et maire de Lyon, décédé en 2023 : « Je crains que demain, on ne vive face à face. » Ce mardi à l'Assemblée, cette crainte semblait plus actuelle que jamais.



