Perpignan : Louis Aliot, favori des municipales, face à l'épée de Damoclès judiciaire
Aliot, favori à Perpignan malgré une inéligibilité suspendue

Perpignan : la campagne municipale sous le signe de Don Quichotte et de l'incertitude judiciaire

Dans la campagne municipale de Perpignan, une atmosphère de tragédie douce, digne de Don Quichotte, plane sur les élections. Le protagoniste principal, Louis Aliot, maire sortant et tête d'affiche du Rassemblement national, est quasiment certain de son succès. Cependant, une fois ce triomphe atteint, il pourrait s'évaporer à tout moment, tel un mirage.

Un favori sous la menace d'une inéligibilité

Selon le dernier sondage Ifop publié en décembre 2025, Louis Aliot est estimé à 43 % des voix au premier tour. Mais la question cruciale demeure : combien de temps tiendra-t-il son second mandat ? L'ancien collaborateur de Jean-Marie Le Pen a été condamné l'année dernière en première instance à trois ans d'inéligibilité dans l'affaire des assistants parlementaires. Ayant immédiatement fait appel, il n'a pas été délogé de son siège à la mairie catalane.

Le prochain procès est fixé au 7 juillet 2026. S'il est réélu et à nouveau condamné à de l'inéligibilité en appel, il devrait se pourvoir en cassation, retardant ainsi encore et encore l'application de la peine. Cette épée de Damoclès judiciaire flotte au-dessus de sa candidature, mais comme Don Quichotte, Aliot et ses troupes feignent de l'ignorer.

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Une campagne sans plan B et un électorat fidèle

Durant toute la campagne, aucun éventuel remplaçant n'a été mentionné, ni aucun scénario ou plan B esquissés, du moins en public. Pour toute défense face aux questionnements incessants de l'opposition, la mairie renvoie systématiquement les autres partis politiques à leurs propres affaires judiciaires nationales, présentes ou passées, de François Bayrou à Sophia Chikirou.

« À Perpignan, tout le monde s'en fiche de cette histoire », affirme Xavier Baudry, adjoint au maire. « Les Perpignanais ont confiance en Louis Aliot et dans le travail de ses équipes. Ils préfèrent nos résultats locaux à une affaire parisienne ». Un sondage du journal local L'Indépendant confirme effectivement un vaste désintérêt du sujet parmi les électeurs d'Aliot et un maintien de leurs voix.

Jonathan, agent immobilier dans la cité catalane, compte bien renouveler son vote en faveur de l'ancien compagnon de Marine Le Pen : « La ville a besoin d'eux. Ma voiture avait été vandalisée trois fois. Zéro depuis qu'Aliot a multiplié les effectifs de police et les caméras. Alors que ce soit lui, Xavier Baudry ou même Marine Le Pen maire de Perpignan, je m'en fiche pas mal, tant que c'est un programme du RN qui est appliqué. »

Sophie, travaillant dans l'informatique, maintient également son vote pour ne pas perturber davantage une ville « mal en point », où le chômage et le taux d'insécurité sont parmi les plus élevés du pays. « On ne va pas changer de partis politiques à la moindre affaire judiciaire. Vous croyez que les autres candidats sont blancs comme neige ? »

Un maire absent et un bilan jugé lisse

Certain de la fidélité de ses électeurs, le maire sortant reste loin de l'arène. Lors d'un débat organisé par L'Indépendant entre les candidats, il était le seul en lice à ne pas faire acte de présence. Xavier Baudry l'a remplacé au pied levé : « Une liste municipale, ce sont des talents autres que le maire, et il sait déléguer », assure l'adjoint.

Pierre Mathis, rédacteur en chef de L'Indépendant et organisateur du débat, n'a pas été surpris par cette absence. « Il savait qu'il se ferait constamment attaquer sur la question de son inéligibilité s'il venait », estime le journaliste. Après six ans à traiter le plus gros maire RN de France, son jugement est sans appel : « Son bilan reste insaisissable. On ne peut pas dire qu'il ait fait grand-chose, on ne peut pas non plus l'accuser d'avoir eu des gros problèmes. C'est un mandat assez lisse, il a tout fait pour ne pas être clivant », dans une stratégie de vitrine de dédiabolisation du parti.

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Les mathématiques électorales et les stratégies de campagne

Les estimations des sondages, 43 % au premier tour, respectent totalement une équation bien connue de cette élection. En moyenne, un maire sortant fait son score des élections passées plus 8 à 10 %, dans ce qu'on appelle « la prime au sortant ». Dans le cas d'Aliot, 35 % au premier tour en 2020 plus 8 %, cela donne 43 %. Le compte est bon.

Mais sa stratégie de retrait est critiquée. « C'est frustrant », reconnaît Joan, étudiant posé en terrasse. « Dans les débats sur BFM, c'est un lion. Et à Perpignan, il se transforme en chaton ». Bruno Nougayrède, candidat de Soyons fiers de Perpignan (Les Républicains, Horizons, Le Modem, Renaissance, UDI et Oui au Pays Catalan), dénonce : « Le maire n'a pas fait campagne. Il ne répond qu'à la presse nationale, ne fait pas un marché distribuer un tract ou n'est pas au café avec ses électeurs. »

Bruno Nougayrède se transforme à son tour en Don Quichotte, luttant non pas contre des moulins mais contre « un candidat fantôme » et sans connaître le nom de son éventuel successeur. « Le parti joue tout sur lui car il a été élu uniquement sur sa notoriété nationale. Sans lui, ils n'ont rien à mettre en avant. »

Les espoirs et les prophéties de chaque camp

Avec la publication du dernier sondage remontant à décembre 2025, tous les espoirs restent permis dans chaque camp. Au RN, l'hypothèse d'une victoire dès le premier tour est caressée. « C'est un scénario plausible », espère Xavier Baudry. « Je pense que beaucoup de Perpignanais, notamment à gauche, entendront raison et choisiront Aliot dans l'isoloir. »

Bruno Nougayrède, lui, a une autre prophétie. Un score moins bon qu'annoncé pour le RN dimanche, et le retour en panique du grand absent de la campagne à partir du 15 mars au soir : « Vous allez voir qu'au second tour, Louis Aliot va soudainement réapparaître comme par magie. »

Les élections municipales de 2026 à Perpignan se dérouleront les 15 et 22 mars, avec Louis Aliot en position de force mais sous la menace constante d'une inéligibilité qui pourrait tout remettre en question.