La question du temps de travail des Français est un débat récurrent du mois de mai. Pourtant, s'il y a bien une différence concernant le nombre d'heures travaillées en moyenne avec l'Allemagne, par exemple, elle ne s'explique pas tant par le nombre de jours fériés que par le taux d'emploi, et particulièrement celui des jeunes et des seniors.
Des chiffres à interpréter avec prudence
Les jours fériés et chômés de mai réveillent chaque année le même débat : les Français ne travailleraient pas assez. Des chiffres semblent le confirmer. D'après l'OCDE, une personne en emploi travaille en moyenne 1 491 heures par an en France (soit près de 6 heures par jour ouvré), contre 1 709 heures en Italie ou 1 796 heures aux États-Unis. Les comparaisons internationales doivent toutefois être maniées avec prudence : l'OCDE rappelle que ces données sont mieux adaptées au suivi des évolutions qu'à un classement des pays.
Des travaux récents contredisent l'intuition
Elles semblent même confirmées par des travaux récents des économistes Amory Gethin et Emmanuel Saez : selon leurs chiffres, un salarié travaille plus en France qu'en Allemagne, aux Pays-Bas ou au Danemark. Ce résultat paraît contre-intuitif, mais le nombre d'heures par emploi ne dit pas tout du travail d'un pays puisqu'il ignore quelle est la part de la population qui travaille effectivement. Or cette distinction est essentielle. Chaque pays se trouve dans des situations différentes, qui n'ont ni les mêmes structures démographiques ni les mêmes taux d'activité.
Le taux d'emploi, clé du problème
En France, le taux d'emploi des jeunes (15-24 ans) et des seniors (55-64 ans) est inférieur à celui de l'Allemagne. Cela signifie que moins de personnes participent au marché du travail, ce qui réduit le nombre total d'heures travaillées par habitant. Ainsi, le débat sur les jours fériés occulte le véritable enjeu : comment augmenter le taux d'emploi, notamment en favorisant l'insertion des jeunes et le maintien en activité des seniors ?
Les politiques publiques devraient donc se concentrer sur l'amélioration de l'accès à l'emploi pour ces catégories plutôt que de modifier le nombre de jours fériés. Les réformes du marché du travail, la formation professionnelle et les incitations à l'emploi des seniors sont des pistes plus prometteuses pour rapprocher la France de ses voisins européens en termes de volume de travail.



