Taxer TotalEnergies : une menace en l'air ou une vraie possibilité ?
Taxer TotalEnergies : menace en l'air ou possibilité ?

TotalEnergies, c'est LA giga entreprise que les Français adorent détester, la figure honnie de la multinationale suspectée de faire de bonnes affaires pendant la guerre. Fantasme ou réalité ? Le gouvernement doit-il taxer Total et ses superprofits face à l'explosion des prix des carburants à la pompe ? « Il ne faut rien s'interdire, il n'y a pas de tabou », certifie un important ministre, comme si la menace planait bien dans l'air. Est-ce à dire qu'une contribution exceptionnelle sur TotalEnergies pourrait voir le jour, alors que l'entreprise vient d'annoncer des bénéfices en hausse de 51 % au premier trimestre, à 5,8 milliards de dollars, comme le réclame la gauche, dont La France insoumise ?

Verdict : c'est hautement improbable. « Taxer des bénéfices faits à l'étranger, je ne vois pas bien le sens », écarte une source gouvernementale au fait du dossier. D'abord parce qu'on a déjà essayé et que ça n'a pas très bien marché, Total faisant l'écrasante majorité de ses profits à l'international, et non sur le sol français.

Lecornu et « la France qui bosse »

En 2023, la contribution de solidarité que le gouvernement avait fait voter dans le projet de loi de finances à l'initiative de Bruxelles, face à la crise de l'énergie provoquée par la guerre en Ukraine, avait en effet rapporté 69 millions d'euros seulement, contre 200 millions escomptés. Une taxe ferait en outre passer Emmanuel Macron pour une girouette fiscale et serait totalement contraire à sa logique pro-business.

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Enfin, et surtout, parce que Sébastien Lecornu se veut pragmatique : il préfère une solution qui se traduit tout de suite en espèces sonnantes et trébuchantes pour les automobilistes à une taxe, certes hautement symbolique, qui rapporterait un peu dans plusieurs mois.

Le Premier ministre considère qu'arracher à Total un plafonnement des prix à la pompe – à 1,99 euro le litre de sans-plomb pendant toute la durée du conflit au Moyen-Orient – est bien plus efficace pour le portefeuille des Français. Ce qui lui a valu d'être qualifié, par le président Insoumis de la commission des Finances de l'Assemblée, Éric Coquerel, d'« attaché de presse de Total ». « Il faut regarder ce qui est le plus efficace et le plus rapide », rétorque un ministre.

Une pression amicale

De même l'hôte de Matignon privilégie-t-il des aides ciblées sur les gros rouleurs et ménages les plus percutés par la crise, faute de mieux dans un contexte de disette budgétaire. Il en fait même une force en se targuant de favoriser « la France qui bosse », selon son mot, « pour la première fois ». « Souvent, les crises sont gérées avec beaucoup d'argent public et en ne distinguant pas ceux qui travaillent de ceux qui ne travaillent pas », faisait-il valoir ce mercredi soir devant des députés reçus à Matignon. Message transmis au chef de l'État, père du « quoi qu'il en coûte »…

Alors, pourquoi laisser planer l'idée qu'une taxe sur Total serait envisageable ? Parce que le Premier ministre ne veut pas se retrouver avec le sparadrap du gouvernement des riches, comme celui qui avait collé à la peau d'Emmanuel Macron durant son premier mandat. « On ne doit surtout pas apparaître comme les avocats de Total », alerte un membre de l'exécutif. Brandir la menace d'une taxe, c'est une façon de maintenir une amicale pression sur TotalEnergies, tout en envoyant un signal à l'opinion.

Car le pouvoir surveille comme le lait sur le feu tout risque de crise sociale, du type de celle des Gilets jaunes sur la question du pouvoir d'achat. Le patron de TotalEnergies l'a parfaitement compris. Patrick Pouyanné vient d'adresser au gouvernement un coup de semonce : s'il avait la mauvaise idée de le mettre à contribution, il mettrait fin illico au plafonnement, dont la France est le seul pays à bénéficier. Moralité : taxer Total, il faut le dire, sans doute pas le faire.

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