Séisme politique au Royaume-Uni : Reform UK et Verts bousculent le bipartisme
Séisme politique au Royaume-Uni : Reform UK et Verts en force

Au Royaume-Uni, les élections locales du jeudi 7 mai ont provoqué un puissant mouvement sur la tectonique des plaques politiques du pays. La forte poussée du parti anti-immigration Reform UK a laminé de nombreuses circonscriptions travaillistes et conservatrices.

Un scrutin marqué par la percée de Reform UK

Plus de trente millions d'électeurs britanniques étaient appelés aux urnes pour élire quelque 5 000 sièges de conseillers locaux dans 136 collectivités et six maires à travers l'Angleterre. Des élections se tenaient aussi pour renouveler les membres des Parlements écossais et gallois. Pour le parti travailliste du Premier ministre Starmer, partout ou presque, le scrutin a tourné au désastre.

Les conservateurs sous pression

L'écrasante victoire du Labour lors des élections générales de 2024 semble un lointain souvenir. Selon les derniers pointages, il aurait d'ores et déjà perdu 481 sièges ainsi que le contrôle de huit conseils municipaux, parmi lesquels Tameside et Hartlepool. Ces deux fiefs historiques du parti travailliste ont été ravis par Reform UK qui aurait remporté 648 nouveaux sièges.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Ce raz de marée du parti de Nigel Farage se traduit aussi par la prise de contrôle de quatre nouvelles collectivités – Havering, Newcastle-under-Lyme, le Suffolk et l'Essex – où un tiers des sièges étaient à pourvoir. Avec ces résultats impressionnants, le parti des pros Brexit les plus virulents fait encore mieux que le succès annoncé par les sondages.

De l'autre côté de l'échiquier politique, les Verts ont eux aussi le sourire, avec 91 nouveaux sièges pour le moment. La formation de Zack Polanski a également obtenu sa première mairie au suffrage direct, celle d'Hackney, une commune populaire de l'est de Londres. En comparaison, les résultats des Libéraux démocrates sont plus faibles : 35 sièges supplémentaires. Ils ont notamment remporté Stockport et Portsmouth, mais ont perdu Hull.

Les conservateurs sont moins heureux. Le second pilier politique historique du pays face au Labour a lui aussi été vacillé sous les assauts de la « vague turquoise » de Reform UK. Les « Tories » ont perdu 282 sièges à travers le pays et deux collectivités (Newcastle-under-Lyme et Hampshire) ce jeudi 7 mai – bien qu'ils aient remporté la très symbolique (et anciennement travailliste) Westminster.

Un « changement profond » du système politique britannique

Traditionnellement, l'effondrement du parti au gouvernement bénéficie à l'opposition. Mais celle-ci apparaît plus éclatée que jamais. Le célèbre « Two-parties system » britannique n'a jamais paru si malmené. « Si nous avons déjà vu ces deux partis perdre des centaines de sièges, cela n'a jamais été le cas simultanément », en atteste Tim Bale, politologue à Queen Mary University.

Pour ce spécialiste, cela augure « un changement profond, probablement définitif » du système politique britannique. « Il se désagrège déjà lentement depuis le milieu des années 1970. Le processus s'est accéléré au cours des dix années qui ont suivi le référendum sur le Brexit. Tant et si bien que l'iceberg a fini par se fissurer, et sombre doucement en mer. » Jules Lemaire, auteur pour la Fondapol de l'étude « Reform UK dans l'ère post-Brexit : populisme, guerres culturelles et nouvelle droite », parle, lui, de « séisme pour le pays, qui se ressentira sans aucun doute dans les prochaines élections ».

Bien que les règles du scrutin favorisent toujours le modèle à deux partis, « l'avènement d'une vie politique à au moins cinq partis est une réalité ». La rhétorique anti-establishment, omniprésente, y contribue « aussi bien d'un côté que de l'autre du spectre politique ».

« Vote dégagiste »

Reform UK, mais aussi les Verts, cristallisent le vote de protestation et de déception des électeurs envers le gouvernement. L'héritier de UKIP et du Brexit Party a aussi su séduire, note Tim Bale, un électorat conservateur déçu par Boris Johnson : « des personnes âgées, majoritairement blanches, pro-Brexit, vivant dans des petites villes, mal à l'aise et souvent hostiles aux changements socioculturels en général et à l'immigration en particulier ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Nigel Farage, qui réussit à se dédiaboliser auprès de l'opinion tout en continuant à s'autoproclamer antisystème, s'est fixé sur une ligne nationale-populiste. Et, en plus de mettre en avant les questions migratoires, Reform a aussi surfé sur le sentiment des « laissés-pour-compte », vivant en dehors des métropoles, et ayant l'impression d'être méprisés par la gauche au pouvoir. « Son ADN contient, très clairement, une dimension plus sociale que celui des conservateurs », souligne Jules Lemaire, qui parle de « vote dégagiste ».

Pour ce faire, le parti a non seulement misé sur les zones rurales, mais aussi sur les ceintures périphériques des grandes villes comme Londres (Havering) et Birmingham (où ils ont gagné de nouveaux sièges dans les localités de Shard End et Perry Common), dans une sorte de « stratégie du donut » qui n'est pas sans rappeler celle que Boris Johnson avait utilisée pour devenir maire en 2008.

Le talent de communication de Nigel Farage, qui cultive une image d'homme politique proche du peuple, mais aussi des facteurs conjoncturels (les émeutes de 2024 et de 2025, la crise sociale qui frappe le pays et l'état du NHS, le système de santé public britannique, etc.) a permis au parti de réaliser des scores historiques.

Les Verts espéraient faire mieux. Les récentes polémiques qui ont entaché le leader Zack Polanski, notamment les critiques sur son incapacité à lutter contre l'antisémitisme au sein de son parti, ont peut-être joué en leur défaveur.

« La réputation personnelle de Starmer est irrémédiablement compromise »

Keir Starmer pourra-t-il se maintenir au 10 Downing Street après une telle déroute ? Jeudi soir, The Times révélait que le Secrétaire d'État à la Sécurité énergétique et à la Neutralité carbone du pays, Ed Miliband, aurait discrètement poussé le Premier ministre à préparer un calendrier de départ afin d'éviter une guerre interne au parti. Depuis plusieurs jours, les noms d'Andy Burnham, d'Angela Rayner et de Wes Streeting comme de potentiels successeurs circulent.

Dans la journée du 8 mai, le locataire du 10 Downing Street a pris la parole, pour assurer qu'il resterait en poste : « Je ne vais pas abandonner et plonger le pays dans le chaos. J'ai été élu pour un mandat de cinq ans, j'ai l'intention d'aller jusqu'au bout ». Une chose est sûre, cependant, la bataille pour sa succession est plus que jamais enclenchée.