1937 : l'arrivée des réfugiés basques à La Rochelle
1937 : l'arrivée des réfugiés basques à La Rochelle

Un exil oublié : les enfants de Guernica à La Rochelle

Le 7 mai 1937, le paquebot Habana accoste au port de La Pallice, à La Rochelle. À son bord, 2 800 réfugiés basques espagnols, dont 2 400 enfants, survivants des bombardements de Guernica qui ont eu lieu deux semaines plus tôt. Cet épisode, longtemps méconnu, a été commémoré le 11 octobre 2012, soixante-quinze ans après, avec le dévoilement d'une plaque sur le quai de La Pallice.

Le contexte historique : la guerre civile espagnole

La guerre civile espagnole éclate le 17 juillet 1936. Le Pays basque, majoritairement républicain, est attaqué par les forces franquistes. Les bombardements de Guernica, le 26 avril 1937, font 1 600 morts et inspirent à Pablo Picasso son œuvre emblématique. Pour fuir les massacres, la seule issue est la mer. Des navires organisent des norias entre le Pays basque et les ports français de Bordeaux et La Pallice.

L'arrivée en France : un accueil sous le Front populaire

En France, le Front populaire est au pouvoir, avec les congés payés et les colonies de vacances. Les enfants espagnols sont accueillis dans ces structures. En Charente-Maritime, ils sont hébergés aux Mathes et sur l'île d'Oléron, notamment à la Maison heureuse à Saint-Georges. Jacques Perruchon, auteur d'un ouvrage sur le sujet, raconte : « On a beaucoup parlé de l'Habana. Mais il y eut bien d'autres embarcations bien moins reluisantes, où les enfants étaient entassés sur le pont dans des conditions déplorables. »

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Le périple des réfugiés

Le 7 mai 1937, 2 800 personnes débarquent du Habana, commandé par le capitaine Lalanne. 450 enfants sont dirigés vers la Maison heureuse, propriété de la CGT. Traumatisés par la séparation et les horreurs vécues, ils tentent de se reconstruire. Beaucoup sont ensuite envoyés dans la région toulousaine. En 1939, Franco réclame le retour de ceux sans parents. « Je perds leurs traces, mais j'imagine que beaucoup furent adoptés par des familles franquistes », ajoute Perruchon.

Les témoignages des survivants

Lors de la commémoration de 2012, des anciens réfugiés, aujourd'hui octogénaires, étaient présents. José, 5 ans à l'époque, est reparti en Espagne après la guerre. Ramon, 7 ans, est resté en France et déclare : « Après mon arrivée, on m'a envoyé dans la Somme. J'ai rencontré une Bretonne. Aujourd'hui, je suis Breton. » Benedita, en larmes, a raconté son périple avec ses deux frères.

L'héritage en Charente-Maritime

Cet épisode explique la présence de nombreuses familles d'origine espagnole dans le sud du département. Des camps avaient été ouverts à Montguyon et Montendre. Les saisonniers espagnols venant pour les vendanges se sont sentis bien accueillis en Haute-Saintonge, et certains sont restés après la guerre.

La commémoration de 2012

La délégation a visité la Maison heureuse à Boyardville, premier lieu d'accueil. Des textes en français et en espagnol ont été lus, évoquant l'évacuation et le séjour. Une plaque commémorative trilingue (français, espagnol, basque) a été dévoilée, suivie de l'exposition « Les Enfants basques réfugiés à Maison heureuse, 1937, 1938, 1939 ». Les anciens réfugiés ont ensuite rejoint La Pallice, port de leur délivrance, pour poursuivre les commémorations organisées par l'association Jubilados Evacuados de la Guerra Civil.

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