Le département du Travail américain a publié, vendredi 7 août, des chiffres surprenants pour le mois de juillet : l'économie a détruit 23 000 emplois nets, alors que le taux de chômage est tombé à 3,5 %, son plus bas niveau depuis plus de 50 ans. Cette combinaison inédite – perte d'emplois et baisse du chômage – s'explique par une contraction de la population active, qui a diminué de 178 000 personnes.
Un paradoxe économique
Les créations d'emplois dans les secteurs privés ont été positives, avec 52 000 postes supplémentaires, mais elles ont été compensées par des pertes massives dans le secteur public, notamment une baisse de 21 000 emplois dans l'éducation locale. Au total, l'emploi public a reculé de 17 000 postes. Les économistes s'attendaient à une création nette de 150 000 emplois, selon le consensus établi par Reuters.
Cette déception est tempérée par la vigueur des salaires : le salaire horaire moyen a progressé de 0,3 % sur le mois, soit 3,6 % sur un an, un rythme qui reste soutenu. « Le marché du travail montre des signes de ralentissement, mais il n'est pas en chute libre », commente Sarah Johnson, économiste en chef chez Insight Economics.
Les secteurs en difficulté
Le secteur de la santé a créé 17 000 emplois, tandis que la construction en a ajouté 12 000. En revanche, l'industrie manufacturière a perdu 8 000 postes, et les services aux entreprises ont enregistré une baisse de 5 000 emplois. Le secteur du commerce de détail a également souffert, avec 9 000 emplois supprimés.
Ces chiffres interviennent dans un contexte de tensions commerciales et de ralentissement mondial. La Réserve fédérale, qui a déjà baissé ses taux en juillet, devrait prendre en compte ces données lors de sa prochaine réunion en septembre. Les marchés financiers ont réagi modérément, le dollar et les obligations d'État restant stables après la publication.
Impact politique
Pour l'administration Trump, qui a fait de l'économie son cheval de bataille, ces chiffres sont un revers. Le président a réagi sur Twitter en qualifiant les données de « fausses nouvelles », tandis que la Maison-Blanche a publié un communiqué soulignant que le taux de chômage est au plus bas et que les salaires augmentent.
Les démocrates, de leur côté, dénoncent une politique économique qui profite aux plus riches. « Ce rapport montre que les promesses de croissance ne se concrétisent pas pour les travailleurs américains », a déclaré Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants.
Perspectives
Les économistes restent partagés sur l'interprétation de ces chiffres. Certains y voient un signe de ralentissement imminent, d'autres une volatilité statistique due à la fermeture d'usines automobiles en raison de la transition vers de nouveaux modèles. Le département du Travail a d'ailleurs noté que 16 000 emplois ont été perdus dans le secteur automobile, un chiffre qui pourrait être temporaire.
Quoi qu'il en soit, cette publication relance le débat sur la santé de l'économie américaine, à un an de l'élection présidentielle de 2020. Les prochains mois seront décisifs pour déterminer si ce paradoxe est un accident ou une tendance de fond.



