Scott Bessent défie la toute-puissance des marchés obligataires
Scott Bessent défie la puissance des marchés obligataires

Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, affiche une ambition inédite : défier la toute-puissance des marchés obligataires. Dans un entretien accordé au Financial Times le 20 août, il a déclaré que son objectif est de « sortir de la domination des marchés obligataires, qui sont probablement la force la plus puissante au monde, bien plus que les banques centrales ». Cette déclaration intervient alors que la dette publique américaine atteint des sommets historiques, dépassant les 35 000 milliards de dollars.

Un constat alarmant sur la puissance des marchés

Scott Bessent a souligné que les marchés obligataires exercent une pression croissante sur les États, au point de dicter leurs politiques économiques. « Les marchés obligataires sont devenus le véritable arbitre de la politique budgétaire », a-t-il expliqué, ajoutant que « les banques centrales ont perdu une partie de leur influence face à ces marchés ». Selon lui, la Réserve fédérale elle-même ne peut plus contrôler les taux d'intérêt à long terme, qui sont désormais fixés par les investisseurs obligataires.

Cette analyse fait écho à des données récentes : le rendement des obligations d'État américaines à 10 ans a fluctué entre 3,8 % et 4,7 % au cours des six derniers mois, reflétant les inquiétudes des investisseurs sur la soutenabilité de la dette. Le secrétaire au Trésor a cité le chiffre de 1 000 milliards de dollars de charges d'intérêts annuelles, soit environ 15 % du budget fédéral, un niveau qui « menace de réduire la marge de manœuvre du gouvernement ».

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Une stratégie de désendettement par la croissance

Pour contrer cette emprise, Scott Bessent mise sur une politique de croissance économique accélérée. Il a détaillé son plan : « Nous devons réduire le déficit en stimulant le PIB, pas en augmentant les impôts. » Le secrétaire au Trésor prévoit d'atteindre un taux de croissance annuel de 3 %, contre une moyenne de 2,2 % au cours des dix dernières années. Selon lui, cette croissance permettrait de générer 500 milliards de dollars de recettes fiscales supplémentaires par an, réduisant ainsi le besoin d'emprunt.

Bessent a également évoqué une réforme de la régulation financière pour « rendre le marché obligataire plus transparent et moins spéculatif ». Il a notamment proposé d'obliger les fonds d'investissement à détenir davantage de liquidités pour éviter des ventes massives en cas de crise. « Nous devons réduire la volatilité imposée par les marchés », a-t-il insisté.

Des critiques et des doutes sur la faisabilité

Cette stratégie suscite le scepticisme chez plusieurs économistes. L'ancien secrétaire au Trésor, Lawrence Summers, a qualifié l'approche de Bessent de « dangereusement optimiste » dans une tribune publiée par le Washington Post. Summers a estimé qu'« aucun pays n'a jamais réduit sa dette uniquement par la croissance sans une austérité budgétaire significative ». Il a rappelé que le ratio dette/PIB des États-Unis est passé de 100 % à 120 % entre 2019 et 2025, malgré une croissance soutenue.

De son côté, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a déclaré lors d'une conférence de presse le 19 août que « les États-Unis doivent présenter un plan crédible de consolidation budgétaire pour rassurer les marchés ». Elle a ajouté que « sans cela, les taux d'intérêt pourraient continuer à monter, aggravant la charge de la dette ».

Le Trésor américain prévoit d'émettre pour 2 000 milliards de dollars de nouvelles obligations au cours de l'année fiscale 2026, un montant record qui pourrait tester la détermination de Bessent. Les investisseurs obligataires, représentés par des fonds comme BlackRock et PIMCO, ont déjà fait savoir qu'ils surveilleraient de près les résultats de cette stratégie.

Scott Bessent reste confiant : « Je crois que nous pouvons inverser la tendance en trois ans. Si nous échouons, les conséquences seront sévères, mais je ne permettrai pas que cela arrive. » Le secrétaire au Trésor devra présenter son plan budgétaire détaillé au Congrès en septembre, un moment clé pour convaincre les marchés de sa crédibilité.

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