La famille Saadé, à la tête du géant du transport maritime CMA CGM, a profondément transformé le paysage économique et social de Marseille. En quelques années, le groupe est devenu un acteur incontournable de la cité phocéenne, investissant dans des secteurs aussi variés que les transports, l'immobilier, la culture et le sport. Cette omniprésence suscite à la fois admiration et inquiétude, certains dénonçant une mainmise qui pourrait nuire à la diversité économique locale.
Un empire économique aux multiples facettes
CMA CGM, troisième armateur mondial, a son siège social à Marseille depuis sa création en 1978 par Jacques Saadé. Aujourd'hui, sous la direction de son fils Rodolphe, le groupe emploie des milliers de personnes dans la région et a étendu ses activités bien au-delà du transport maritime. Il possède des terminaux portuaires, des entrepôts logistiques, des sociétés de transport terrestre et même une compagnie aérienne, CMA CGM Air Cargo.
Dans l'immobilier, le groupe a racheté plusieurs bâtiments emblématiques du centre-ville, notamment l'ancien siège de La Provence, qu'il a transformé en espace de coworking. Il a également investi dans des projets de rénovation urbaine, comme la reconversion du quartier de la Joliette, où se trouve son siège social, une tour futuriste conçue par l'architecte Zaha Hadid.
Un mécène influent dans la culture et le sport
La famille Saadé s'est également imposée comme un mécène majeur à Marseille. Elle a financé la rénovation du Musée d'Histoire de Marseille et soutient financièrement l'Opéra municipal. En 2023, CMA CGM est devenu le sponsor principal du club de football de l'Olympique de Marseille, un partenariat qui a suscité des débats sur l'indépendance du club.
Ce mécénat n'est pas désintéressé : il permet à la famille Saadé de soigner son image et de renforcer son ancrage local. Cependant, certains acteurs culturels craignent une forme de dépendance vis-à-vis du groupe, qui pourrait orienter les choix artistiques en fonction de ses intérêts.
Des critiques sur la dépendance économique
Plusieurs élus locaux et économistes s'inquiètent de la place prépondérante de CMA CGM dans l'économie marseillaise. Selon eux, la ville serait devenue trop dépendante d'une seule entreprise, ce qui la rendrait vulnérable en cas de difficultés financières du groupe. De plus, la mainmise de la famille Saadé sur des secteurs clés pourrait freiner l'émergence d'autres acteurs économiques.
Certains dénoncent également un manque de transparence dans les relations entre la municipalité et le groupe. Des associations de défense de l'environnement pointent du doigt l'impact écologique des activités de CMA CGM, notamment la pollution générée par ses navires et ses entrepôts.
Une influence qui dépasse les frontières
L'influence de la famille Saadé ne se limite pas à Marseille. Au niveau national, Rodolphe Saadé est régulièrement consulté par le gouvernement sur les questions de transport maritime et de logistique. Il a également été nommé à la tête du comité stratégique du port de Marseille-Fos, renforçant ainsi son emprise sur les infrastructures portuaires.
À l'international, CMA CGM est un acteur clé du commerce mondial, avec des filiales dans plus de 160 pays. Cette puissance économique confère à la famille Saadé un poids considérable dans les négociations commerciales et politiques.
Quel avenir pour Marseille ?
La question de la place de CMA CGM à Marseille est au cœur des débats politiques locaux. Certains appellent à une diversification de l'économie marseillaise pour réduire la dépendance vis-à-vis du groupe. D'autres estiment que la famille Saadé a contribué au rayonnement de la ville et qu'il faut encourager ses investissements.
Quoi qu'il en soit, l'emprise de la famille Saadé sur Marseille semble appelée à se renforcer dans les années à venir, avec de nouveaux projets dans les domaines de l'énergie et des technologies vertes. Reste à savoir si cette mainmise profitera à l'ensemble de la population ou si elle creusera les inégalités.



