Un moratoire qui pénalise l'autopartage
La nouvelle majorité municipale à Bordeaux, dirigée par le centriste Thomas Cazenave, avait promis de geler la suppression des places de stationnement. Ce moratoire, en vigueur depuis l'élection, pénalise déjà les sociétés spécialisées dans l'autopartage, un système pourtant considéré comme un facteur de désengorgement des villes. Le retour de la voiture en ville serait-il un signe fort du basculement politique à Bordeaux, après six ans de gestion écolo-socialiste ?
La semaine dernière, lors d'une réunion publique sur le quartier Deschamps-Belvédère, à Bordeaux-Bastide, des habitants se sont plaints du manque de places de stationnement dans les rues. Le maire du quartier, Marc Lafosse, a aussitôt abondé dans leur sens. La nouvelle majorité s'inscrit « en rupture » avec la précédente, qui voulait limiter la place de la voiture sur la voirie, a déclaré Lafosse, avant d'annoncer que la mairie va recréer du stationnement sur la voirie là où ce sera possible.
L'autopartage, une solution pour désengorger les villes
L'autopartage consiste à utiliser une voiture selon ses besoins, sans en être propriétaire. Selon une étude de l'Ademe en 2022, une voiture en autopartage remplace cinq à huit voitures personnelles et libère de 0,9 à 3 places de stationnement en voirie. À Bordeaux, 80 % des inscrits au réseau Citiz se sont débarrassés de leur voiture personnelle. Dans l'agglomération, on compterait environ 9 000 autopartageurs.
Deux opérateurs désignés, mais bloqués
Mi 2025, la Ville de Bordeaux et la Métropole ont lancé un appel à manifestation d'intérêt (AMI) pour octroyer à l'autopartage une centaine de nouvelles places, prélevées sur le stock disponible en voirie. L'objectif était d'étendre le système au-delà des 160 emplacements détenus jusqu'ici par Citiz. Deux opérateurs ont été désignés en mars 2026 : Citiz pour 38 nouvelles places et Getaround pour 62 places.
Mais en avril, Citiz a découvert un obstacle au moment de lancer les travaux d'aménagement des places attribuées : la mairie lui a demandé de suspendre son installation. « Au moins le temps de faire le point sur le stationnement dans la ville », explique Nicolas Guenro, directeur de la coopérative Citiz. La coopérative se retrouve coincée, comme Getaround, entre l'autorisation délivrée par l'ancienne majorité en mars et l'interdiction de commencer les travaux notifiée en avril par la nouvelle.
Un principe de compensation
Selon Mayeul L'Huillier, nouvel adjoint au maire chargé de la voirie, des mobilités, du stationnement et de la végétalisation, la situation est directement liée aux engagements pris lors de la campagne électorale. « Nous avons eu beaucoup de remontées sur le fait que de nombreuses places de stationnement ont été supprimées lors du mandat précédent. D'où le moratoire sur la suppression des places de stationnement. Le dossier sur les places attribuées à l'autopartage était signé, ça devait commencer, mais nous avons échangé avec les deux opérateurs, il faut faire converger nos objectifs. »
L'élu évoque aussi la nécessité de « trouver des solutions pour réduire la tension sur le stationnement ». Un nouveau principe a été défini : l'opérateur d'autopartage peut s'installer seulement si une nouvelle place de stationnement peut être recréée parallèlement, dans le même quartier. Ce principe de compensation est piloté par les mairies de quartier qui doivent identifier les lieux pouvant redevenir du stationnement. « Par exemple, une aire de livraison devant un commerce qui n'existe plus », indique Mayeul L'Huillier.
L'élu cite également un espace où le stationnement est interdit, rue Galin, à La Bastide, « sans que l'on sache pourquoi ». Il pourrait accueillir du stationnement de compensation. À ce stade, le résultat de l'AMI, qui fait l'objet d'une convention, n'est pas annulé au sens juridique du terme, mais il faut « trouver une solution ensemble », précise l'adjoint.
Des délais incertains
Trouver une place à rendre au stationnement pour chaque place dédiée à l'autopartage pourrait prendre beaucoup de temps. « Nous avions demandé cinq emplacements en urgence, nous ne pouvons pas compter dessus », se désole Nicolas Guenro. Lequel pense que seul un arbitrage du maire peut débloquer la situation.
Des suppressions de places liées à la loi LOM
Le nombre de places de stationnement supprimées par l'ancienne majorité n'a pas fait l'objet d'une comptabilité précise. L'une des principales causes de suppression de places est extérieure aux choix des diverses majorités. C'est la loi LOM de 2019, qui oblige à supprimer le stationnement 15 mètres avant et après un passage pour piéton, afin de dégager la vue. Début 2026, il restait encore 410 places de stationnement à supprimer dans ce cadre, sur un total de 700.



