Les oreilles des élus municipaux ont sifflé, le 23 avril. Ce jeudi-là, dans le cadre du Printemps de l’architecture, le service « culture et patrimoine » de la Ville proposait une visite du chantier de construction du nouvel écoquartier des Rullas, engagé par Eden Promotion avenue du Québec. La présentation, à laquelle 25 personnes s’étaient inscrites, a tourné à l’aigre. Six riverains ont profité de l’initiative pour dire tout le mal qu’ils pensaient a priori de ce nouveau voisinage. Rapidement, les commentaires désobligeants ont commencé à se faire entendre. Un peu trop au goût des autres participants à la visite, parmi lesquels cette Royannaise férue d’architecture et de patrimoine, elle-même ancienne élue municipale : « Ils parlaient fort, ils étaient très virulents, au point de perturber la visite. Les autres participants leur ont fait observer que ce n’était pas le cadre pour exprimer ce genre de revendications. »
Une élue prise à partie
Fraîchement élue au sein de la majorité municipale, et venue elle aussi en simple visiteuse, Anne-Françoise Callandreau a voulu bien faire et écouter les riverains véhéments. « Elle a été prise à partie, verbalement, mais assez violemment », déplore l’ancienne élue témoin de la scène. Aux Rullas, avenue du Québec, 80 nouveaux logements seront prochainement achevés. Là encore, le projet d’écoquartier ne va pas sans froisser les voisins.
Contestation rue Pierre-Dugua-de-Mons
Moins virulents, mais tout aussi opposés à tout nouveau voisinage d’envergure, quelques habitants de la rue Pierre-Dugua-de-Mons contestent déjà la construction d’un immeuble de cinq niveaux (R + 4). L’édification en 2009 du massif bâtiment de la maison de retraite Le Château de Mons a déjà tiré vers le haut la ligne relativement basse du quartier. Fabienne et Xavier Perse occupent, le long du boulevard Clemenceau, une maison donnant, à l’arrière, sur le futur immeuble. Ils reconnaissent que lorsqu’ils se sont installés, « il n’y avait que des champs, au-delà des maisons situées côté impair, sur le boulevard », mais directement concerné, le couple s’inquiète et conteste le projet.
Résidents secondaires inquiets
Résidents secondaires « depuis 2015 », Frédérique et Thierry Trémeau joignent leur voix à celles des époux Perse. Ils occupent « au moins 100 jours par an » une maison qui jouxtera la parcelle concernée par le programme immobilier. Ils craignent de « vivre dans l’ombre » de l’immeuble, une « dévaluation » de leur bien, et réfléchissent même à réclamer au promoteur « une indemnisation ». « Et forcément, ce ne sera pas des Royannais qui achèteront ces appartements », extrapolent-ils, eux qui vivent à Fontenay-sous-Bois quand ils ne séjournent pas dans leur résidence secondaire.
Le promoteur se défend
Le porteur du projet de la rue Dugua-de-Mons, le promoteur royannais Richard Martinez, a notamment rencontré « trois fois » les époux Perse pour leur expliquer en détail son projet. « Je peux les comprendre, mais en même temps, c’est quoi, une “ville” ? Une concentration urbaine, un ensemble composé de maisons mais aussi d’immeubles », recadre-t-il. Le gérant de la SCI Amadeus a choisi de baptiser du nom de Montaigne son nouveau projet, « puisque j’avais déjà construit la Boétie, entre les rues Font-de-Cherves et Pasteur ». Un programme qui lui a pourtant réservé « des nuits blanches », au fil des six années de procédure qui ont parasité l’avancée du projet, du fait d’un riverain finalement débouté.
Recours « à la mode »
« Les recours, c’est devenu à la mode. Certains le font pour l’argent. On m’en a déjà demandé », explique Richard Martinez. Non seulement le promoteur ne cède pas, mais il réfléchit parfois à contre-attaquer quand les plaignants l’attaquent sans fondement. « Je ne fais rien de mal ! Je construis des logements, pour des résidences principales. Les gens qui vivent en pavillon et qui, en vieillissant, ne peuvent plus entretenir leur maison, leur jardin et veulent emménager dans un appartement, on ne les loge plus ? Ils deviennent quoi ? »
La position de la mairie
Cette question du logement est devenue l’une des priorités des collectivités, a fortiori d’une ville comme Royan. « Les habitants doivent comprendre que nous sommes attractifs, que nous devons construire des logements. Nous n’avons pas le choix », martèle depuis des années Patrick Marengo. S’il attend des promoteurs immobiliers davantage de communication en direction des riverains, le maire de Royan défend cette politique de construction accélérée par la nécessité de rattraper le retard, notamment en matière de logements aidés. « Un programme comme les Rullas, avec ses 80 logements, c’est intéressant pour notre ville ! Pour les écoles, pour les commerces. Il faut bien sûr que les constructions nouvelles s’intègrent, il faut casser la verticalité par une dimension paysagère. » Justement l’une des marottes de Richard Martinez, qui n’imagine pas la future résidence Montaigne sans un aménagement paysager réfléchi. Pas dit que les riverains lui enverront des fleurs pour autant.



