Les élus de Ramatuelle ont voté une modification des pouvoirs du maire afin de tarifer plus justement les tournages et l’utilisation de l’image de la commune par des entreprises et des sociétés de production. Actuellement, le tarif pour un shooting photo au village est de seulement 108 euros par jour, un montant jugé dérisoire par les responsables locaux.
Des tarifs bien en dessous du marché
Ramatuelle peut se targuer d’avoir l’une des plages les plus connues au monde, mais aussi un village charmant qui séduit les touristes et les marques. « On s’est rendu compte que pour le tournage de séquences vidéo, de films ou documentaires sur la commune, les tarifs demandés étaient très, très bas », expose le premier adjoint Enzo Baudard-Contesse au conseil municipal. Le maire Jean-Pierre Fresia renchérit : « On est à peu près 50 fois moins cher que d’autres organismes d’État ou collectivités territoriales. »
Lorsque la commune accueille de grosses sociétés de production, elle doit prendre une série de dispositions : arrêté municipal, sécurisation par la police, accès à l’eau, l’électricité, occupation du domaine public et parfois de parking. « En réalité, si on fait le calcul, entre la redevance versée par la société et les dispositions prises par la commune pour l’accueillir, on perd parfois de l’argent », souligne Enzo Baudard-Contesse.
Une tarification au cas par cas
Pour mieux encadrer et tarifer plus justement cet usage de l’image ramatuelloise, les élus ont voté une modification des pouvoirs du maire qui lui donne le droit « de fixer dans la limite de 100.000 euros, les tarifs des droits de voirie, de stationnement, de dépôt temporaire sur les voies et autres lieux publics ». Cette réécriture permet de raisonner au cas par cas et non plus à une tarification générale. « Pour fixer ces tarifs, j’aimerais qu’on fasse une commission ad hoc à chaque fois et que tout le monde soit représenté, notamment l’opposition », ajoute l’édile.
Une proposition accueillie favorablement par l’équipe de Michel Franco, qui s’interroge toutefois sur l’application de cette politique : « Je ne trouve pas ça normal non plus qu’on ne perçoive pas de redevance à la hauteur de la prestation que l’on propose. Maintenant, le cas par cas ça sera compliqué à mettre en œuvre. Entre deux grandes marques, comment on va établir les prix ? En fonction de la masse financière ? » Ce pourrait être un critère, comme l’avançait la majorité en préambule, mais aussi « en fonction de l’ampleur et la portée de la publicité qui va être faite par rapport à la commune. »
Des exemples concrets
Récemment, « une marque de yoga célèbre » et « une marque française de vêtement très connue » ont profité de ces prix réduits pour un shooting. Sans oublier la production internationale de la série phénomène White Lotus qui s’est offert le cadre de Pampelonne en bloquant le parking de Tahiti. « Il faut considérer l’impact que ça occasionne sur le fonctionnement de la commune. La mission initiale du parking n’est plus assurée », soulève Patrick Rinaudo. Autrement dit, une journée blanche sur cette source de revenu importante pour la commune. D’un autre côté, les retombées économiques sur l’hôtellerie locale ne sont pas à négliger : « Ils ont payé 700.000 euros pour loger leur personnel sur la commune », indique Jean-Pierre Fresia.
Déposer la marque et assurer la transparence
Le premier magistrat a aussi exprimé sa volonté de pratiquer des tarifs différents pour le village et Pampelonne : « Il ne faut pas oublier qu’on a mis 23 millions d’euros sur cette plage, autant en tirer un bénéfice. On a obtenu pour un film récemment tourné à Pampelonne, la mention de la ville dans le générique mais ce n’était pas gagné. » Il a par ailleurs annoncé déposer bientôt la marque « Ramatuelle et Pampelonne ».
Autre vigilance notée par Michel Franco, le besoin de transparence : « On ne peut pas dire “eux, ce sont nos amis, donc on réduit le prix.” » Au premier adjoint de clarifier : « L’essentiel des tournages qu’on a, est extérieur à la commune. Sur la question des conflits d’intérêts, dès lors qu’un élu se retrouve dans une situation d’atteinte à la probité, il devra se déporter. »



