La fusion entre Paramount Global et Warner Bros. Discovery, deux des plus grands conglomérats de divertissement américains, est devenue un enjeu politique majeur à Washington. Selon des sources proches du dossier, l'opération, qui pourrait créer un géant valant plus de 70 milliards de dollars, suscite des inquiétudes bipartisanes quant à la concentration des médias.
Un rapprochement sous haute surveillance
Les négociations entre les deux groupes, révélées par le Financial Times, interviennent dans un contexte de consolidation rapide du secteur. Paramount, propriétaire de CBS, MTV et Paramount Pictures, et Warner, qui détient CNN, HBO et Warner Bros., cherchent à faire face à la concurrence des plateformes de streaming comme Netflix et Disney+. Selon un analyste de MoffettNathanson, « cette fusion créerait le deuxième plus grand groupe de médias traditionnels aux États-Unis, derrière Disney ».
Plusieurs sénateurs, dont la démocrate Elizabeth Warren et le républicain Josh Hawley, ont déjà exprimé leurs réserves. Dans une lettre adressée au Département de la Justice, ils ont écrit : « Une telle concentration de pouvoir entre les mains de quelques entreprises menace la diversité des voix et l'indépendance journalistique. »
Un impact sur l'emploi et la concurrence
La fusion pourrait entraîner des suppressions d'emplois massives. Les deux entreprises emploient ensemble plus de 40 000 personnes. Selon un rapport de LightShed Partners, les économies d'échelle pourraient justifier la suppression de 10 % des effectifs, soit environ 4 000 postes. Les syndicats, comme la Writers Guild of America, s'inquiètent de l'impact sur les conditions de travail.
Du côté de la concurrence, l'opération réduirait le nombre de grands studios hollywoodiens de cinq à quatre. Cela pourrait renforcer le pouvoir de négociation des plateformes de streaming face aux producteurs, mais aussi réduire les options pour les consommateurs. « La Federal Trade Commission (FTC) devra examiner attentivement les effets sur les prix des abonnements et la diversité des contenus », a déclaré un porte-parole de l'American Economic Liberties Project.
Une décision cruciale pour l'administration Biden
La fusion Paramount-Warner est un test pour la politique antitrust de l'administration Biden. La présidente de la FTC, Lina Khan, a promis une application stricte des lois sur la concurrence. « Nous ne tolérerons pas les fusions qui nuisent aux consommateurs ou aux travailleurs », a-t-elle affirmé lors d'une audition au Congrès.
Selon des experts juridiques, le Département de la Justice pourrait exiger des cessions d'actifs pour approuver l'opération. Par exemple, la vente de CNN ou de CBS pourrait être imposée pour éviter une concentration excessive de l'information. « Cela serait sans précédent depuis la scission d'AT&T et Time Warner en 2022 », a noté un professeur de droit à Harvard.
En coulisses, les lobbyistes des deux groupes multiplient les rencontres avec les élus. Paramount a embauché l'ancien chef de cabinet de la Maison-Blanche, Ron Klain, tandis que Warner a recruté l'ex-secrétaire au Commerce, Wilbur Ross. « C'est une bataille qui se joue autant dans les salles de réunion que dans les couloirs du Capitole », a résumé un consultant en stratégie politique.
Les réactions du secteur
Les concurrents, comme Comcast et Disney, observent la situation de près. Certains analystes prédisent une vague de fusions si celle-ci est approuvée. « Si Paramount et Warner réussissent, d'autres suivront, comme Sony ou Apple », a estimé un analyste de Bloomberg Intelligence.
Les créateurs de contenu, quant à eux, redoutent une standardisation des programmes. « Moins de studios signifie moins de risques pris sur des projets originaux », a déclaré un producteur indépendant. La fusion pourrait également affecter les salles de cinéma, qui dépendent des blockbusters des deux studios.
En attendant la décision des régulateurs, les marchés financiers restent volatils. L'action de Paramount a chuté de 5 % depuis l'annonce des négociations, tandis que celle de Warner a gagné 3 %. « Les investisseurs parient sur une approbation, mais le risque politique est réel », a conclu un trader de Wall Street.



