À quelques jours de l'ouverture de la saison, alors que l'effervescence règne dans les arènes avec le Salon de l'agriculture, leur directeur Olivier Margé accepte une courte pause, autour d'un café, à deux pas de là, au Plaza. Il confie ses défis, ses tracas, son anxiété aussi. Il ne cherche pas les détours. Quand on lui demande "Comment il va ?", Olivier Margé plante une réponse claire : "Quand on est entrepreneur en 2026, on n'est pas serein. Et malheureusement, personne ne l'est."
C'est une sixième saison qui débute en ce moment pour Betarra, la société gestionnaire des arènes de Béziers, créée au départ avec trois associés : Olivier Margé, Simon Casas et Sébastien Castella. Le torero français vient d'injecter plusieurs centaines de milliers d'euros ces derniers mois pour maintenir la structure à flot et en devenir, de fait, l'actionnaire largement majoritaire.
Une saison cruciale, une conjoncture délicate
Alors que Betarra reste en redressement judiciaire, Olivier Margé pilote une saison cruciale, dans une conjoncture pas simple. Il reste le directeur du site. "Quand on parle avec notre génération d'entrepreneurs, ça gaze pour personne. Mais on se donne les moyens, on travaille pour être meilleurs et être plus stables économiquement car aujourd'hui, on n'a aucune visibilité, dans l'économie." Et d'enchaîner : "Le point positif, c'est que la billetterie (pour la Feria 2026, NDLR) marche bien. C'est un gros point fort. À date, on a vendu un peu plus que l'année passée. On est en avance. On aura aussi les toros de El Parralejo et Garcia Jimenez qui ont présenté les deux meilleurs lots de la Feria de Séville et David De Miranda qui est encore sorti en triomphe à Séville. On a fait un pari : mais pour l'instant, ça nous donne raison. Pourvu que ça dure !"
"Quand tu travailles avec les animaux, c'est plus simple, les animaux ne mentent pas"
Mais Olivier Margé a conscience de sa responsabilité. Et il confie, sans tricher, son "anxiété" : "Betarra, c'est une grosse structure. Il y a plein de gens qui dépendent de toi. Et tout ça repose sur ta tête. Alors on va tout faire pour se remettre bien : 2026, on joue l'assurance, on fait attention à tout, on est irréprochable, on se sert de nos 4 ans d'expérience pour rectifier le tir." Pour davantage de vision et de projets, aux côtés de Sébastien Castella, à partir de 2027. En attendant, la charge administrative et réglementaire – "la paperasse" – pèse aussi beaucoup. "On te rend fou ! Il faut être enragé pour lutter contre tout ce qui s'acharne contre nous […] Quand tu travailles avec les animaux, c'est plus simple, les animaux ne mentent pas."
"Quand tu prends l'air au campo, tu reviens plus fort"
D'ailleurs, l'éleveur des Monteilles n'est jamais aussi heureux que lorsqu'il prépare ses toros. À présent, il retourne au campo, sur l'exploitation familiale située à Fleury, à la frontière de l'Hérault et de l'Aude, dès qu'il le peut. "Parce que j'en ai besoin. Quand tu prends l'air au campo, tu reviens plus fort." Une façon de se régénérer pour affronter son plus grand défi : "Relever Betarra". Et aussi : "Passer la partie non tauromachique en régie municipale ? Il ne faut jamais dire jamais mais ce n'est pas évident avec le contrat qu'on a. Et pour le bien des arènes, c'est mieux qu'il n'y ait qu'une seule entité. À voir si Betarra est capable d'aller chercher plus de chiffres et d'autres événements. Mais ça reste très dangereux en termes d'équilibre financier. À moins d'un mécène qui tombe du ciel !"
Un lieu ? "Les Monteilles, l'étang de Vendres, cette zone de 1 000 hectares. C'est un endroit magnifique. Passer 3 à 4 heures à cheval dans le marais de Vendres, c'est exceptionnel : il y a la diversité de la nature. Je monte depuis tout petit. Ma mère m'a pris dans l'écharpe et puis dès 5-6 ans, j'ai suivi tout seul la famille." Une adresse ? "La Gorge Fraîche pour boire une bière avec mon ami Ludo." Un plat ? "Les ris de veau du Plaza." Une bouteille de vin ? "Le domaine Peyre rose à Saint-Pargoire, de Marlène Soria. Presque aussi bon que le Clos des truffiers (Château La Négly) !" Une passion cachée ? "Plutôt une activité, l'initiation au padel entre midi et deux, pour ne pas aller au restaurant !"



