Dans un contexte de compétition intense entre les grandes places financières, Monaco peut-elle s'imposer comme un hub européen de référence en gestion de fortune ? Pour Francesco Grosoli, administrateur délégué de la banque CMB Monaco, la réponse est résolument affirmative, à condition que la Principauté se donne les moyens de ses ambitions.
Une spécificité unique : des clients qui vivent à Monaco
Selon Francesco Grosoli, Monaco dispose d'un atout stratégique qu'aucune autre place ne peut revendiquer : la majorité de ses clients résident sur le territoire. « Maintenir une part significative de leurs actifs en Principauté ne relève pas seulement d'une logique patrimoniale, mais aussi d'une exigence de cohérence », explique-t-il. Cette singularité pourrait être davantage mise au service de l'économie monégasque.
Aujourd'hui, le déploiement du capital s'effectue pourtant majoritairement hors de la Principauté. D'où l'interrogation de Francesco Grosoli : « pourquoi ne pas développer l'écosystème adéquat pour l'ancrer davantage localement ? » La Principauté offre à ses résidents une fiscalité attractive, une sécurité exceptionnelle et une qualité de vie sans équivalent. En contrepartie, estime-t-il, il est légitime d'attendre qu'ils contribuent à l'économie locale, par l'investissement immobilier, entrepreneurial et une allocation bancaire à la hauteur de leur patrimoine global. « C'est un équilibre naturel entre les bénéfices offerts et la participation à la vitalité du territoire. »
Changer d'échelle pour renforcer l'attractivité
Cette ambition suppose aussi que la place change d'échelle. « Grandir, c'est se donner la capacité d'investir massivement dans le capital humain et technologique. » Une place deux fois plus forte serait, selon lui, deux fois plus attractive pour les talents, pour les clients et les investisseurs. « Tous les acteurs économiques de la Principauté doivent être animés d'une mission commune : élever les standards réglementaires, certes, mais aussi ceux de la qualité de service, afin que Monaco soit une place où les clients souhaitent non seulement résider, mais aussi confier leurs actifs et développer leurs activités. Les grandes banques locales disposent déjà de la capacité à proposer des services de niveau équivalent, voire supérieur à ceux d'autres centres financiers, avec une agilité que les grandes structures peinent souvent à égaler. C'est sur cette base qu'il faut construire. »
Une place financière au cœur de l'économie régionale
En pratique, l'enjeu dépasse d'ailleurs les frontières monégasques. Près de 80 % des salariés du secteur privé de la Principauté vivent dans les Alpes-Maritimes et 9 % en Italie, faisant de Monaco un moteur économique régional majeur. En outre, les activités financières et d'assurance constituent le deuxième contributeur au PIB monégasque et emploient près de 4 600 personnes, soit une progression de 21 % en dix ans. « La volonté doit être collective, car nous avons tous à y gagner. »
Et les raisons d'y croire sont tangibles, selon Francesco Grosoli : depuis 1297, la famille Grimaldi gouverne la Principauté avec une remarquable continuité. « Quel autre territoire au monde peut offrir un tel témoignage de stabilité ? C'est sur ce socle, unique en Europe, que Monaco a toutes les cartes en main pour écrire le prochain chapitre de son histoire financière », conclut le dirigeant de CMB Monaco, banque privée monégasque.



