Ce mercredi midi, dans le lycée privé Belmont, tout est encore calme. Les 400 élèves, de la seconde à la terminale, ont déjà repris les cours. Mais cet après-midi est dédié aux lycéens et lycéennes du microlycée. À 13h30, quand la sonnerie retentit, une trentaine d’adolescents s’avancent dans la cour végétalisée de cet établissement dans le centre de Lyon.
Contrairement aux rentrées « classiques », ces jeunes semblent « moins stressés ». « C’est parce qu’on a fait une prérentrée en juin », explique Camille, 16 ans. Ce moment leur a permis de rencontrer les professeurs et les autres élèves. « C’est sûr que ça enlève l’angoisse du premier jour de l’école en septembre, car on sait déjà qui on va retrouver. Ça enlève un gros poids », affirme Baptiste, 17 ans, qui fait sa rentrée en première aussi.
Un dispositif pour les élèves en rupture avec le système scolaire
Car ces moments de rentrée sont particulièrement durs pour ces jeunes considérés comme « décrocheurs », des élèves sortis du système scolaire après avoir rencontré des difficultés dans leur parcours. Dépression, harcèlement, problèmes de santé, ou phobie scolaire… Les raisons sont diverses mais tous ont fini par quitter l’école, faute de solution adaptée. Contrairement aux idées reçues, le microlycée n’est pas un dispositif de soutien scolaire. « Ce n’est pas une option pour les élèves avec des difficultés scolaires, précise Stéphane Martin Pons, le directeur de l’établissement. Il est aussi primordial que reprendre les cours soit une volonté de l’enfant, et non celle des parents qui les forcent. Si c’est le cas, ça ne fonctionnerait pas. »
Une « sorte de rééducation » pour Camille, Margaux et Baptiste
« Allez, suivez-moi, je vais vous montrer votre classe », lance Aurélien Ruel, professeur d’histoire-géo et coordinateur du dispositif, au groupe de première. Une fois les élèves installés, il détaille l’emploi du temps de l’année. Un planning « allégé », « adapté », précise-t-il. La salle, à part, est aménagée en U, avec sa propre cuisine, un canapé et des bacs de rangement à leur nom. Un espace que les microlycéens peuvent quitter pour aller « se mélanger avec les autres lycéens, ou non. C’est à leur rythme », précise Aurélien Ruel.
Camille ne réalise toujours pas. La lycéenne a suivi l’école classique jusqu’en seconde, l’année où elle a « développé une phobie scolaire ». « Je ne pouvais plus aller en cours mais je voulais continuer d’apprendre. Alors, j’ai fait le Cned, à la maison, mais c’était très difficile. » Puis, sa grand-mère a appris l’existence de cette structure. « Je n’y croyais pas : un endroit encadré, fait et forgé pour nous ? ! », lance-t-elle, avec beaucoup d’enthousiasme. Si elle appréhendait le moment de la rencontre avec les autres élèves, « ça a été beaucoup moins difficile que dans une classe avec 35 autres personnes ». Sa principale attente de cette année, c’est « de réapprendre à travailler, à aller en cours, à écouter les profs, sortir mes cahiers ». « Cette année, ça va être une sorte de rééducation », résume-t-elle, excitée de ce qui l’attend.
Margaux, 18 ans, entame sa deuxième année au microlycée. « L’année dernière a été plutôt surprenante, facile, parce que j’ai été bien accompagnée, écoutée. » Après des soucis de santé, la jeune fille s’est sentie « abandonnée » par le système. « Si je n’avais pas eu cette option de lycée, j’aurais tout lâché. Pour moi, ça a été vraiment un nouveau départ, une réconciliation avec l’école », lance-t-elle, avec un grand sourire qui cache une petite émotion. Elle affirme avoir « gagné de la confiance » en elle, avoir de nouveau « la possibilité de se projeter ». « Mon objectif, c’est d’avoir le bac, puis, les études supérieures », dit-elle simplement.
Dans la classe d’en face, Baptiste est sur la même ligne. « Je veux avoir le bac et pourquoi pas poursuivre en commerce », lance-t-il. Mais dans son ancien établissement, les élèves devaient « être beaucoup trop autonomes. On était énormément en classe et les cours ne m’intéressaient pas vraiment. Mais moi aussi, j’ai envie de réussir, j’ai juste du mal à me motiver sans être accompagné ».
Pour ces trois jeunes, le fait d’être dans « une petite classe » est un réel avantage. « Ça permet d’avoir plus confiance, d’être dans un cercle plus intimiste et de se sentir moins jugé », résume Camille. Un constat que Baptiste et Margaux partagent presque mot pour mot.
Un dispositif unique dans la région
C’est justement de ce ressenti que ce projet est né il y a deux ans, précise Aurélien Ruel. « On réalisait que de plus en plus d’élèves ne se sentaient pas bien, avaient besoin d’aménagement, avaient du mal avec le système classique, retrace l’enseignant. On voulait leur proposer une solution plutôt que de les abandonner. » En voyant qu’aucune alternative n’était proposée à ces élèves pour retourner à l’école, l’établissement a décidé de créer ce microlycée. « À Lyon, nous sommes les seuls, indique le directeur de l’établissement Stéphane Martin Pons. Le prochain se situe près de Clermont-Ferrand et sinon, on peut retrouver des microlycées en région parisienne. »
Comment ça fonctionne ? « Les microlycées doivent forcément être rattachés à un établissement. On forme des classes en petit groupe, avec au maximum 15 élèves par niveau, première et terminale, avec des jeunes qui peuvent avoir entre 16 et 25 ans », détaille le coordinateur. La particularité du dispositif tient à l’emploi du temps allégé mais aussi dans l’accompagnement individuel. « On les coache, chacun a un tuteur », ajoute-t-il. Belmont étant un établissement privé, la scolarité au microlycée n’est pas gratuite. Les tarifs vont de 55 à 200 euros par mois et par enfant, précise Stéphane Martin Pons, qui insiste : « Les portes sont ouvertes à tous et toutes. »
Un premier bilan encourageant
Après une première année scolaire, le bilan est plutôt positif. « Ça n’a pas fonctionné pour tout le monde, on a fait monter neuf élèves sur quinze dans le niveau supérieur », indique Stéphane Martin Pons, lucide. Les six autres n’ont pas souhaité poursuivre l’aventure, « pas encore prêts pour ça », selon lui. Aurélien Ruel complète : « Chaque cas est unique, on peut avoir des enfants brillants mais tétanisés par l’exercice de l’examen, d’autres qui ont du mal à se concentrer plus de vingt minutes d’un coup. On s’adapte, mais avec une idée en tête : le microlycée doit être une orientation choisie et non pas subie. Notre objectif est surtout de pouvoir les emmener jusqu’au bout de leur scolarité sans souffrance et de les faire réussir à obtenir leur baccalauréat. »
D’après lui, si les demandes d’accompagnement comme celui-ci se multiplient, c’est lié « à notre époque ». « Je ne sais pas s’il y a plus ou moins de souffrance qu’avant, mais ce qui change c’est que les élèves l’expriment. Et qu’on se doit d’en tenir compte. » Chaque année, la France compte environ 80.000 décrocheurs scolaires, selon lui. « Nous, on a décidé de leur donner une solution », conclut-il. La lutte contre le décrochage scolaire fait partie des « priorités » affichées de l’Education nationale.



