L'armée mexicaine est devenue un acteur économique majeur, contrôlant plus de cent entreprises publiques allant des chemins de fer aux hôtels, en passant par les aéroports. Cette expansion sans précédent, menée sous la présidence d'Andrés Manuel López Obrador (AMLO), suscite des inquiétudes quant à la transparence et à l'efficacité de la gestion militaire.
Une mainmise croissante sur les secteurs stratégiques
Selon un rapport du gouvernement mexicain publié en juillet 2026, l'armée gère désormais 103 entreprises publiques, contre une vingtaine en 2018. Ces entreprises couvrent des domaines aussi variés que les infrastructures, le tourisme, l'énergie et les transports. Le président López Obrador a justifié cette stratégie en affirmant que l'armée est « honnête et efficace », contrairement aux entreprises privées corrompues.
Parmi les projets les plus emblématiques figurent le train maya, un chemin de fer touristique dans la péninsule du Yucatán, ainsi que la gestion de plusieurs aéroports, dont celui de Mexico. L'armée a également investi dans des hôtels, des stations-service et même une compagnie aérienne, la Mexicana de Aviación, relancée en 2023.
Des critiques sur la transparence et la concurrence
Les détracteurs de cette politique dénoncent un manque de transparence et une concurrence déloyale. « L'armée ne rend pas compte de ses dépenses comme le ferait une entreprise privée », a déclaré au Monde un économiste de l'Université nationale autonome du Mexique (UNAM), sous couvert d'anonymat. Selon lui, les contrats militaires échappent souvent aux règles des marchés publics, ce qui favorise la corruption.
En 2025, la Cour des comptes mexicaine a relevé des irrégularités dans la gestion des fonds alloués au train maya, avec des dépassements de coûts estimés à 30 %. L'armée a toutefois rejeté ces accusations, affirmant que les travaux respectaient les normes.
Un tournant historique pour l'institution militaire
Cette expansion économique marque un tournant dans l'histoire du Mexique, où l'armée était traditionnellement cantonnée à des missions de sécurité. Sous AMLO, elle est devenue un pilier du développement économique, avec un budget annuel de 15 milliards de dollars pour ses activités commerciales.
Les prochaines élections présidentielles de 2027 pourraient toutefois remettre en cause cette tendance. La candidate de l'opposition, Xóchitl Gálvez, a promis de « rendre à l'État civil les entreprises militaires » si elle est élue. Mais pour l'instant, l'armée continue d'étendre son empire, avec de nouveaux projets dans les zones portuaires et les infrastructures du sud du pays.
Des conséquences économiques et sociales
Les partisans de cette politique soulignent que l'armée a permis de réaliser des projets dans des régions délaissées par le secteur privé, créant des emplois locaux. Le train maya, par exemple, a généré 100 000 emplois directs et indirects, selon les chiffres du gouvernement.
Cependant, les critiques craignent que cette militarisation de l'économie ne décourage les investissements privés et ne fausse la concurrence. Des entreprises privées ont déjà déposé des plaintes pour pratiques anticoncurrentielles, notamment dans le secteur des aéroports.
Alors que le Mexique s'apprête à tourner une page politique, la question de l'empire économique militaire reste au cœur des débats, avec des enjeux majeurs pour l'avenir du pays.



