LOT est la première compagnie aérienne à poursuivre Boeing en justice dans le cadre d’un procès lié aux accidents du 737 Max. « Ce procès concerne les mensonges et les tromperies de Boeing, ainsi que le préjudice financier dévastateur qu’ils ont causé », a déclaré lundi devant le tribunal de Seattle, aux États-Unis, Anthony Battista, l’avocat de LOT, compagnie aérienne nationale polonaise. LOT accuse Boeing d’avoir dissimulé des problèmes de sécurité du 737 Max lors de sa campagne de vente de 2016, afin d’écouler ses avions.
À cette époque, LOT, en difficulté financière, avait choisi d’investir dans quinze 737 Max pour ancrer ses plans de redressement. Boeing était alors en concurrence féroce avec son rival européen Airbus et ses A320. Mais passer à l'A320 aurait nécessité une formation sur simulateur « approfondie » et coûteuse, comme l’a expliqué Maciej Wilk, ancien cadre de LOT. D’où la décision de la compagnie de s’engager avec Boeing, rapporte l’agence de presse Reuters.
Deux crashs, 346 morts
Ce que LOT ignorait, c’est qu’au même moment, les ingénieurs de Boeing s’efforçaient de résoudre un problème de cabrage des avions de ligne dans certaines conditions. C’est là qu’ils ont créé le MCAS (Maneuvering Characteristics Augmentation System), un système logiciel qui corrigeait automatiquement le piqué de l’appareil dans ces situations.
Les autorités de réglementation ont immobilisé les Boeing 737 Max dans le monde entier en 2019 suite à deux accidents : celui du vol 610 de Lion Air en octobre 2018 et celui du vol 302 d’Ethiopian Airlines en mars 2019, qui ont fait 346 morts au total. Ces crashs ont révélé de graves problèmes de sécurité concernant ce logiciel anti-décrochage.
Dans des déclarations publiques faites après le premier accident, les dirigeants de Boeing ont assuré que le MAX était sûr. De même, les commerciaux de Boeing ont assuré à LOT qu’il n’y avait aucun problème de sécurité avec l’appareil. Puis, le constructeur américain avait fini par admettre que le MCAS avait contribué à ces accidents.
Des milliards de dollars versés
Selon LOT, qui est la première compagnie aérienne à poursuivre l’entreprise en justice dans le cadre d’un procès lié aux accidents du MAX, Boeing a induit en erreur la Federal Aviation Administration (FAA) quant à l’étendue du MCAS et aux difficultés rencontrées lors des essais en vol. Pourquoi ? Pour que les autorités de réglementation n’exigent pas de formation approfondie pour les pilotes volant déjà sur les précédents modèles 737. Une formation poussée sur simulateur aurait considérablement augmenté le coût global des MAX pour les clients et les aurait peut-être incités à se tourner plutôt vers l'A320 d’Airbus.
Lorsque, 20 mois plus tard, les autorités ont autorisé la reprise des vols après un examen rigoureux des modifications apportées au MCAS et l’instauration d’une formation complémentaire pour les pilotes, les compagnies aériennes du monde entier exploitant des 737 Max, dont LOT, ont repris leurs vols avec les appareils mis à jour.
L’avocat de Boeing a accusé lundi LOT de « crier à la fraude devant le tribunal » tout en continuant d’exploiter le MAX quotidiennement. « Est-ce ainsi que se comporte la victime d’une escroquerie de plusieurs millions de dollars ? » L’avionneur américain a déjà versé des milliards de dollars aux familles des victimes des deux crashs. Le groupe a également versé des sommes colossales dans le cadre de règlements à l’amiable avec des compagnies aériennes lésées par l’immobilisation du MAX. Le montant total n’a pas été rendu public.



