Kevin Warsh, nouveau patron de la Fed, coincé entre Trump et l'inflation
Kevin Warsh, nouveau patron de la Fed, coincé entre Trump et l'inflation

Donald Trump a fini par obtenir gain de cause. Après des mois à critiquer Jerome Powell, il a obtenu le départ du président de la Réserve fédérale américaine (Fed), qu'il avait pourtant nommé en 2018. Ce dernier résistait depuis à ses demandes de baisse des taux directeurs afin de stimuler l'économie américaine. Alors que le mandat de Jerome Powell expire ce vendredi 15 mai, la nomination de son successeur, Kevin Warsh, a été confirmée par le Sénat mercredi soir. Cependant, savoir si ce dernier pourra davantage complaire au président des États-Unis, qui l'a choisi, est loin d'être évident. Le nouveau patron de la banque centrale américaine arrive en effet au moment où l'inflation repart à la hausse.

Un contexte inflationniste préoccupant

Il prend ses fonctions dans des circonstances compliquées, pour employer un euphémisme, a déclaré au Financial Times l'ancien économiste de la Fed David Wilcox, du think tank Peterson Institute. Il se trouve dans une situation vraiment impossible, coincé entre un président qui insiste pour que les taux soient abaissés et un contexte inflationniste problématique. Kevin Warsh s'est gardé de tout engagement devant le Sénat. Il avait prudemment déclaré le mois dernier : Le président ne m’a jamais demandé de m’engager à baisser les taux d’intérêt au cours de mon mandat à la Fed. Il ne me l’a pas demandé, il ne l’a pas exigé, il ne m’y a pas contraint, et je ne l’aurais d’ailleurs jamais fait.

Des prix en hausse et un pouvoir d'achat en baisse

Alors que les élections des midterms se profilent début novembre, le pouvoir d'achat des Américains se voit rogné par une inflation repartie à la hausse : 0,6 % chaque mois, pour un taux annuel de 3,8 % le mois dernier, selon les chiffres publiés ce mardi. Les prix de l'essence ont grimpé de 5,4 % en avril, après avoir déjà bondi de 21,2 % en mars. L'électricité a pris 2,1 %, la nourriture 0,5 %, dont 15 % pour les tomates. Le prix du bœuf, aliment chéri des Américains, est un sujet épineux, puisqu'il a augmenté de 16 % depuis le début du mandat de Donald Trump. Les prix dans l'immobilier sont aussi à la hausse. La guerre contre l'Iran explique cette résurgence de l'inflation, qui se situait sur une trajectoire annuelle de 2,4 % avant les attaques israélo-américaines de février. Le blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transite d'ordinaire un cinquième du pétrole mondial, a en effet fait bondir les prix de l'énergie.

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L'augmentation des salaires a longtemps permis de compenser cette hausse des prix, mais la tendance s'est inversée le mois dernier : 3,6 % pour les salaires, contre 3,8 % pour les prix, soit une baisse du salaire horaire net (corrigé de l’inflation) de 0,5 % sur un an pour les Américains. Selon un récent sondage de CNN, 77 % de ces derniers estiment que les politiques de Donald Trump, et notamment la hausse des droits de douane, ont fait augmenter le coût de la vie, alors même qu'il a été élu sur la promesse inverse.

Un nouveau patron à la fois riche et prudent

Le défi sera donc colossal pour Kevin Warsh, qui compte sur un boom économique lié à l'expansion de l'intelligence artificielle pour pouvoir baisser les taux directeurs, une thèse disputée par des économistes. Désigné pour quatre ans, cet ancien banquier de Morgan Stanley sera un riche directeur de la Fed, avec une fortune personnelle estimée à plus de 100 millions de dollars, placée notamment dans des holdings de cryptomonnaies et d'intelligence artificielle. Il est en outre l'époux de Jane Lauder, la fille de Ronald Lauder, richissime héritier du groupe de cosmétique Estée Lauder et grand ami de Donald Trump, auquel il a soufflé l'idée d'annexer le Groenland. Kevin Warsh rejoint ainsi la liste des grandes fortunes gravitant autour du président républicain, qui compte douze milliardaires dans son gouvernement.

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Jerome Powell ne disparaît pas complètement

Bête noire du président, Jerome Powell ne disparaît pas de l'équation puisqu'il a décidé, à l'issue de son mandat, de continuer à siéger au conseil des gouverneurs de la Fed, une première depuis quatre-vingts ans. Ce faisant, il prive Donald Trump de la possibilité de nommer un profil plus favorable à ses demandes et demeure une épine dans le pied de ce dernier. Cela fait cinq ans que la Fed ne parvient pas à atteindre son objectif de maintenir une inflation à 2 % par an, et selon ses propres projections, celui-ci devrait continuer de lui échapper au cours des deux années à venir. La fermeture prolongée du détroit d'Ormuz dans les semaines à venir rendrait encore plus improbable la baisse des taux, mais même en cas de réouverture, des mois seraient nécessaires avant que les prix de l'énergie ne reviennent à la normale. On a connu des prises de fonction au contexte plus favorable.