Gibert Montpellier épargné par le redressement judiciaire du groupe
Gibert Montpellier épargné par le redressement judiciaire

La librairie Gibert Joseph à Montpellier n’est pas concernée par la demande de placement en redressement judiciaire déposée par le groupe éponyme devant le tribunal des activités économiques de Paris. Les deux entités juridiques sont distinctes, comme l’expliquent le directeur Hervé Gibert et la responsable Delphine Vanhee.

Une annonce qui a secoué le milieu du livre

Le groupe Gibert Joseph a demandé son placement en redressement judiciaire pour faire face à ses difficultés financières. Cette décision ne touche pas l’enseigne montpelliéraine, implantée place des Martyrs de la Résistance depuis 1956. “Notre magasin est une entité juridique différente”, précise Hervé Gibert. “Nous avons une plateforme logistique commune, c’est tout.”

Les lecteurs fidèles peuvent être rassurés : l’aventure est loin de s’arrêter. Avec un chiffre d’affaires de 7 millions d’euros en 2025, le directeur reste confiant, même s’il reconnaît des difficultés. “Le recul du livre neuf s’est confirmé au premier trimestre avec – 6 %. C’est d’autant plus difficile pour les grandes librairies que les charges sont importantes.”

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Une des librairies les plus rentables de France

L’enseigne montpelliéraine est considérée comme l’une des plus rentables du pays. Son secret ? “On s’est réinventé au bon moment en se détachant du scolaire et de l’universitaire pour devenir plus généraliste”, explique Delphine Vanhee. La libraire passionnée ne court pas après les nouveautés : “Elles sont partout, sur toutes les tables, en grandes surfaces. Ce qui compte, c’est le fond. Le rôle d’un libraire, c’est d’être prescripteur.”

Hervé Gibert, arrière-petit-fils du fondateur, confirme : “On a eu des coups durs, mais on s’est toujours relevé.” Exemple marquant en 2006 avec la gratuité des livres scolaires, qui a aussi impacté la papeterie. Il a choisi de ne pas répondre aux appels d’offres, jugeant les marges insuffisantes et la logistique trop lourde. “C’est davantage un métier de grossiste.” Un choix que son confrère Sauramps n’avait pas fait, ce qui l’a pénalisé.

La décroissance des magasins traditionnels

Autre défi : la décroissance des magasins traditionnels au profit d’internet. Amazon tire son épingle du jeu, mais aussi des plateformes comme Vinted qui proposent désormais des livres d’occasion. Spécialiste du livre d’occasion, Gibert Montpellier reste concentré sur la clientèle de détail, une clientèle d’habitués qui se renouvelle.

Après quatorze mois de travaux sur la place de la préfecture, la fréquentation a augmenté, mais pas le panier moyen, en raison de la baisse du pouvoir d’achat. “Les gens se reportent sur l’occasion et le livre de poche”, note Delphine Vanhee. C’est là que Gibert excelle, puisque c’est sa spécialité. Le Mois de l’occasion, qui s’achève le 29 avril, permet aux adhérents de vendre leurs livres 30 % plus chers et de les acheter 30 % moins cher. “On se réinvente tous les jours pour répondre aux clients.”

Le marché de l’occasion connaît une croissance de 10 % par an, offrant un accès au livre dès 20 centimes. Autre atout : la décoration vintage et les murs en pierre, sans oublier l’ascenseur qui permet aux personnes à mobilité réduite d’accéder aux 230 000 livres répartis sur quatre étages. “Nous, on dit la Maison Gibert, nous y sommes très attachés, c’est ce qui lui confère un supplément d’âme”, confie Delphine Vanhee.

Hervé Gibert conclut : “On tient le choc, tellement bien qu’on est sur la place des Martyrs-de-la-Résistance !”

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Sauramps absent de la Comédie du Livre

Hervé Gibert, qui estime qu’il est “sain d’avoir de la concurrence”, ne s’étale pas sur les difficultés de l’autre grande enseigne montpelliéraine. “Le marché est difficile avec le recul du livre. Ils ont eu des problèmes de gestion. Je suis très triste pour eux, mais c’est très courageux de s’être retiré de la Comédie du Livre.” Les libraires se sont partagé la quarantaine d’auteurs invités sur le stand de Sauramps ; 17 seront sur celui de Gibert. “Sur la Comédie, nous sommes tous partenaires, pas concurrents.”

La situation du groupe Gibert

Le groupe a demandé son placement en redressement judiciaire le 28 avril devant le tribunal des activités économiques de Paris. Dans un communiqué, la direction explique que “le modèle actuel est pris dans un effet ciseau entre l’explosion de ses coûts fixes et le déclin du marché des livres neufs avec une compression des marges”. Le prix des livres, encadré par la loi Lang, ne répercute pas pleinement l’inflation.

Le plan stratégique du groupe mise sur un retour à l’occasion, sa raison d’être depuis 140 ans. “Nous avons de vrais atouts pour réussir notre projet de transformation. La protection du tribunal doit nous permettre de retrouver un souffle financier nécessaire pour traiter notre endettement dans un cadre protégé.”

Gibert compte 16 magasins dans 12 villes et 500 collaborateurs. En 2025, le chiffre d’affaires du groupe s’élevait à 86 millions d’euros. La branche e-commerce, ainsi que les librairies de Montpellier et La Rochelle, ne sont pas concernées par la procédure.