La confiance dans les banques centrales, pilier de la stabilité économique, est aujourd'hui remise en question. La Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) doivent naviguer entre une inflation persistante et des risques de récession. Jusqu'où les marchés peuvent-ils leur faire confiance ?
Un contexte inflationniste sans précédent
Depuis 2021, l'inflation a atteint des niveaux inédits depuis des décennies. Aux États-Unis, elle a culminé à 9,1 % en juin 2022, tandis que dans la zone euro, elle a frôlé les 10 % en octobre 2022. Les banques centrales ont réagi en relevant leurs taux directeurs à un rythme soutenu. La Fed a augmenté ses taux de 525 points de base entre mars 2022 et juillet 2023, et la BCE de 450 points de base depuis juillet 2022. Selon le Fonds monétaire international (FMI), ces hausses étaient nécessaires pour éviter un emballement des prix.
Les limites de la crédibilité des banques centrales
La crédibilité des banques centrales repose sur leur capacité à atteindre leur objectif d'inflation, généralement autour de 2 %. Or, malgré les resserrements monétaires, l'inflation reste élevée. Aux États-Unis, elle s'établissait à 3,7 % en août 2023, et dans la zone euro à 4,3 % en septembre 2023. Les marchés financiers commencent à douter de la capacité des banques centrales à ramener l'inflation à son objectif sans provoquer une récession sévère. Comme le souligne l'économiste en chef de la Banque des règlements internationaux (BRI), Claudio Borio : « La confiance est un actif fragile ; une fois perdue, elle est difficile à regagner. »
Les risques de perte de confiance
Une perte de confiance dans les banques centrales pourrait avoir des conséquences graves : désancrage des anticipations d'inflation, fuite vers les actifs réels comme l'or ou les crypto-monnaies, et augmentation des primes de risque sur les marchés obligataires. En juillet 2023, le rendement des obligations d'État américaines à 10 ans a atteint 4 %, un niveau plus vu depuis 2007. De plus, la BCE doit faire face à des divergences entre les pays membres, notamment entre l'Allemagne et les pays du sud de l'Europe, ce qui complique sa tâche.
La communication, arme clé des banques centrales
Pour maintenir la confiance, les banques centrales misent sur une communication claire et transparente. La Fed et la BCE publient régulièrement des projections économiques et des comptes rendus de leurs réunions. Cependant, les messages parfois contradictoires entre les membres des comités de politique monétaire peuvent semer le doute. Par exemple, en septembre 2023, la BCE a relevé ses taux de 25 points de base, mais certains gouverneurs plaidaient pour un statu quo, créant une confusion sur la trajectoire future.
L'impact sur les marchés et l'économie réelle
La confiance dans les banques centrales influence directement les conditions financières. Si les investisseurs estiment que la Fed ou la BCE perdent le contrôle de l'inflation, ils pourraient exiger des rendements plus élevés, renchérissant le coût du crédit pour les ménages et les entreprises. Selon une étude de la Banque de France, une perte de confiance d'un point de pourcentage dans la crédibilité de la BCE pourrait augmenter les taux d'intérêt à long terme de 0,2 point. Dans un contexte de ralentissement économique, cela pourrait aggraver la récession.
Les alternatives à la politique monétaire traditionnelle
Face à ces défis, certains économistes suggèrent de revoir le cadre de politique monétaire. L'idée de relever l'objectif d'inflation à 3 % ou 4 % est débattue, mais elle risquerait de saper davantage la crédibilité des banques centrales. D'autres préconisent une coordination accrue avec les politiques budgétaires. Cependant, comme le rappelle l'ancien président de la Fed, Ben Bernanke : « La confiance se gagne par des actions cohérentes et non par des promesses. »
Conclusion : une confiance à reconstruire
La confiance dans les banques centrales n'est pas acquise. Elle se construit jour après jour par des décisions cohérentes et une communication transparente. Alors que l'inflation reste tenace, la Fed et la BCE doivent prouver leur détermination à la maîtriser, sans sacrifier la croissance. Les mois à venir seront décisifs pour restaurer une confiance ébranlée par des chocs successifs.



