La compagnie ferroviaire Eurostar a lancé un avertissement concernant la saturation de la gare londonienne de Saint-Pancras, qui pourrait devenir un frein majeur à la croissance du trafic entre le Royaume-Uni et le continent européen. Selon un rapport interne consulté par Le Monde, la gare, qui accueille déjà 20 millions de voyageurs par an, atteindra sa capacité maximale d'ici 2026, avec des conséquences directes sur le développement des liaisons ferroviaires transmanche.
Une croissance du trafic menacée par des infrastructures limitées
Le rapport d'Eurostar, intitulé « Saint-Pancras : un goulot d'étranglement pour le rail européen », souligne que la gare, conçue à l'origine pour accueillir 15 millions de passagers annuels, enregistre déjà un trafic supérieur de 33 % à sa capacité initiale. Cette situation entraîne des retards récurrents, une saturation des espaces d'attente et des difficultés pour les opérations de sécurité et de douane. « Si rien n'est fait, nous serons contraints de limiter le nombre de trains à partir de 2026, ce qui freinera la croissance du trafic ferroviaire entre le Royaume-Uni et l'Europe », a déclaré un porte-parole d'Eurostar.
La compagnie, qui relie Londres à Paris, Bruxelles, Amsterdam et d'autres destinations, a connu une forte reprise après la pandémie de Covid-19, avec une augmentation de 15 % du nombre de passagers en 2025 par rapport à 2019. Cette croissance, bien que positive, exacerbe les problèmes de capacité à Saint-Pancras. Eurostar prévoit d'atteindre 30 millions de passagers par an d'ici 2030, un objectif qui semble compromis sans une expansion significative des infrastructures.
Des investissements nécessaires mais incertains
Le rapport d'Eurostar appelle à des investissements urgents pour agrandir la gare, notamment par l'ajout de nouvelles voies et l'extension des zones d'enregistrement et de contrôle aux frontières. Le coût estimé de ces travaux est de 1,2 milliard de livres sterling (environ 1,4 milliard d'euros). Cependant, le financement de ces projets est incertain, car il implique une coordination entre le gouvernement britannique, les autorités locales et les opérateurs ferroviaires.
« La saturation de Saint-Pancras n'est pas seulement un problème pour Eurostar, mais pour l'ensemble du transport ferroviaire entre le Royaume-Uni et l'Europe, a déclaré un analyste du secteur. Si la gare n'est pas modernisée, cela pourrait entraîner une perte de parts de marché au profit du transport aérien, qui est moins écologique. » En effet, le train émet environ 90 % de CO2 en moins que l'avion sur les liaisons transmanche, ce qui en fait un outil clé pour la lutte contre le changement climatique.
Des conséquences sur la concurrence et l'environnement
La saturation de Saint-Pancras pourrait également affecter la concurrence sur le marché ferroviaire transmanche. Plusieurs opérateurs, comme la compagnie néerlandaise NS et la belge SNCB, ont exprimé leur intérêt pour lancer de nouvelles liaisons vers Londres, mais se heurtent au manque de créneaux horaires disponibles à Saint-Pancras. « Actuellement, il n'y a pratiquement plus de créneaux libres aux heures de pointe, ce qui limite l'arrivée de nouveaux concurrents », a expliqué un responsable d'Eurostar.
En outre, la situation pourrait nuire à l'objectif du gouvernement britannique de promouvoir des modes de transport plus durables. Le Royaume-Uni s'est engagé à atteindre la neutralité carbone d'ici 2050, et le rail transmanche joue un rôle crucial dans la réduction des émissions liées aux voyages internationaux. « Si nous ne résolvons pas le problème de capacité à Saint-Pancras, nous risquons de voir davantage de passagers se tourner vers l'avion, ce qui serait un recul pour l'environnement », a averti un porte-parole d'une association de défense de l'environnement.
Des solutions alternatives à l'étude
Face à cette situation, plusieurs solutions sont à l'étude. L'une d'elles consisterait à réorienter une partie du trafic vers d'autres gares londoniennes, comme Stratford International ou Ebbsfleet, situées en périphérie de la capitale. Cependant, ces gares sont moins bien desservies par les transports en commun et nécessiteraient des investissements supplémentaires pour améliorer leur accessibilité.
Une autre option serait de moderniser les infrastructures de contrôle aux frontières à Saint-Pancras, qui sont aujourd'hui un goulet d'étranglement. Eurostar a déjà mis en place des systèmes de reconnaissance faciale pour accélérer les passages, mais ces mesures ne suffisent pas à résoudre le problème structurel de capacité.
En attendant, la compagnie ferroviaire espère que les autorités britanniques prendront conscience de l'urgence de la situation. « Nous avons besoin d'une vision à long terme pour Saint-Pancras, a conclu le porte-parole d'Eurostar. Sans cela, le rail transmanche risque de stagner, alors que la demande ne cesse de croître. »



