Face au gouffre financier du chantier de réhabilitation de l’Espace 3000, la ville d’Hyères réajuste ses projets, revoit ses priorités et envisage un emprunt. Plus de cinq millions d’euros sont à trouver pour financer les avenants et les sommes non budgétées nécessaires à la clôture du chantier avant sa réception en septembre. Mais aussi pour financer différentes dépenses et projets à venir. Un emprunt d’équilibre de 5,1 millions d’euros a été inscrit en recettes d’investissement.
Un chantier aux coûts explosifs
Le chantier de l’Espace 3000 est toujours en cours. La livraison est prévue pour le mois de septembre, mais le budget explose. Il a été question de très gros sous ce vendredi en conseil municipal. Et de très gros trous dans la raquette à combler. Pour quelques nouveaux projets annoncés, pour l’audit complet des bâtiments communaux (500 000 euros) mais surtout pour achever des projets en cours, dont un en particulier, l’Espace 3000 et ses 5,7 millions d’euros de crédits de paiement à trouver.
« Notre action se structure aujourd’hui autour de cinq priorités que l’on a définies. La première consiste à solder les projets et opérations en cours. La deuxième à assumer un passif et prioriser des dépenses jusqu’alors non budgétisées. La troisième, faire preuve de responsabilité et réaliser un audit des bâtiments. La quatrième, à geler et ou retravailler les projets qui le nécessitent. Et la cinquième, à lancer de nouveaux projets. »
Des avenants et des dépenses non budgétées
C’est la première priorité qui a donc essentiellement occupé les débats avec près de 5,7 millions d’euros à trouver pour finaliser les travaux de la salle. « 2,3 millions d’avenants et 3,4 millions non budgétés cette année mais en 2027, et pourtant indispensables pour clôturer l’opération et respecter le principe de sincérité budgétaire qui nous incombe, a pointé la maire. On peut légitimement s’interroger sur ce manque d’anticipation lors de la préparation du budget 2026 concernant le financement des avenants alors que certains aménagements apparaissent comme indispensables. »
Et de lister, entre autres, « la sonorisation, le parking VIP et des équipements de sécurité comme les éclairages, les bornes qui feront que la commission de sécurité validera le site pour qu’on puisse avoir un premier match (de basket) le 2 octobre. »
« De plus, alors que le principe de sincérité budgétaire s’impose dans l’élaboration du budget des collectivités, pourquoi ne pas avoir budgété les 3 millions d’euros nécessaires à la clôture de cette opération, dont l’achèvement a été pourtant annoncé pour juillet 2026 ? Face à cette situation que nous avons découverte, nous mobilisons tous les financements possibles pour solder ce dossier… »
Un emprunt d'équilibre de 5,1 millions
Parmi ces financements, outre la suspension de certains projets et le report de leur financement vers la salle hyéroise, les élus de la majorité ont validé « l’inscription d’un emprunt d’équilibre de 5 169 000 € qui s’avère indispensable. » « C’est une autorisation budgétaire. Ça ne veut pas dire qu’on le souscrit, complète Florent Bacci, adjoint aux finances. C’est un montant maximum de précaution dans le cas où l’intégralité des travaux de l’Espace 3000 serait réceptionnée et sans réserve… »
Et de s’interroger lui aussi sur le montage financier étonnant de ce projet et sur un emprunt futur caché par la précédente majorité. « On avait une autorisation de programme de 2,3 millions d’euros. Ce qui est surprenant c’est qu’on a un écart de 3,2 sur l’autorisation de programme. Pourquoi avoir prévu les crédits de paiement de 3,2 millions d’euros en 2027 avec une réception du chantier pour 2026 quoi qu’il arrive. Est-ce que le budget était vraiment sincère par rapport à l’autorisation de programme ? Les services sont compétents, il y a aucun problème. Mais si on leur dit à l’oreille, il y a les municipales si on pouvait ne pas faire apparaître l’emprunt sur les documents et qu’on le fait apparaître une fois les élections passées. C’est des stratégies… C’est un constat. »
Les réactions de l'opposition
Sophie Mana se défend, les autres opposants s’interrogent. Dans l’opposition, entre anciens de la majorité et opposant de longue date, c’était à qui la faute. Ex-adjointe aux finances de Jean-Pierre Giran, Sophie Mana a indiqué ne « jamais avoir été au courant de ces dépassements. Avec le service finances, on travaille avec des sommes qu’on nous donne, mais s’il a été décidé dans un bureau qu’il y avait des dépassements et qu’on ne le sait pas, on ne peut pas le deviner. Avoir prévu plus de 3 millions de réserves sur 2027 en livrant en 2026, c’est une aberration… »
François Cornileau, lui aussi ancien de l’équipe Giran a pointé l’emprunt. « Il y a deux mois le rapport budgétaire précisait qu’en 2026, aucun emprunt ne serait souscrit pour permettre le financement du programme d’investissement. La première grande décision financière de cette mandature consiste finalement à augmenter l’endettement de la ville de plus de 5 millions d’euros. »
« Il y a 2 mois nous n’avions pas une connaissance aussi précise de la situation », lui rétorquait Florent Bacci. Nicolas Massuco s’interrogeait également sur l’emprunt, son utilisation et la responsabilité de la majorité. « Vous parlez de responsabilité et vous allez faire un audit des bâtiments à hauteur de 500 000 €. » Regrettant que « les services financiers et techniques de la Ville n’aient rien pu voir » et qu’on ne s’appuie pas plus sur eux pour réaliser des économies. « Si on fait l’audit des 60 bâtiments, on mettrait en toute hypothèse pas moins de 15 ans à réaliser les travaux. Est-ce qu’on n’aurait pas pu faire des économies de cet audit ? »
« Les services ont remonté mais ça n’a pas été priorisé. On va faire un état des lieux, prioriser et voir tout ce qu’on peut faire », concluait la maire.



