Dix ans après le référendum sur le Brexit, la City, la place financière de Londres, n'a jamais été aussi forte. Selon une étude de l'organisme TheCityUK publiée lundi 22 juin, les actifs sous gestion dans la capitale britannique ont augmenté de 20 % depuis 2016, atteignant un record de 12 000 milliards de livres sterling (environ 14 000 milliards d'euros).
Une résilience inattendue
Ce chiffre surprend alors que de nombreux experts prédisaient un exode massif des banques et des fonds d'investissement vers l'Union européenne après le Brexit. « La City a fait preuve d'une résilience remarquable », a déclaré Miles Celic, directeur général de TheCityUK. « Les craintes d'un déclin brutal se sont avérées infondées. »
L'étude souligne que Londres reste la première place financière mondiale, devant New York, Singapour et Hong Kong. Le nombre d'emplois dans la finance londonienne a également progressé, passant de 750 000 en 2016 à 810 000 en 2026, soit une hausse de 8 %.
Les facteurs de cette croissance
Plusieurs éléments expliquent cette performance. D'abord, la flexibilité réglementaire post-Brexit a permis à la City d'attirer de nouvelles activités, notamment dans les technologies financières (fintech). Ensuite, la livre sterling, bien que volatile, est restée une monnaie de référence pour les transactions internationales.
« Le Brexit a forcé la City à se réinventer », explique John McFall, président de la commission des affaires économiques de la Chambre des lords. « Nous avons développé des niches comme la finance durable et les crypto-actifs. »
Par ailleurs, les accords de libre-échange conclus par le Royaume-Uni avec des pays comme le Japon, l'Australie et le Canada ont ouvert de nouveaux marchés aux institutions financières londoniennes.
Des défis persistants
Malgré ces succès, des défis demeurent. L'accès au marché unique européen reste limité pour certains services financiers, ce qui contraint les banques à maintenir des filiales coûteuses à Paris, Francfort ou Dublin. De plus, la concurrence d'autres places financières s'intensifie, notamment celle de New York et des hubs asiatiques.
« La City ne peut pas se reposer sur ses lauriers », avertit Sarah Breeden, économiste en chef de la Banque d'Angleterre. « Nous devons continuer à innover et à attirer les talents pour rester compétitifs. »
L'étude note également que la part de Londres dans les échanges d'actions européennes a chuté de 30 % en 2016 à 15 % en 2026, les volumes s'étant déplacés vers Amsterdam et Paris.
Un impact sur l'économie britannique
La bonne santé de la City a des retombées positives pour l'économie britannique. Le secteur financier contribue à hauteur de 10 % au PIB du Royaume-Uni et génère 75 milliards de livres sterling d'impôts par an. « La City est un moteur essentiel de la croissance et de l'emploi », souligne le chancelier de l'Échiquier, Jeremy Hunt.
Cependant, cette dépendance accrue à la finance inquiète certains économistes, qui y voient un déséquilibre économique. « Le Royaume-Uni est trop dépendant de la City », estime Ann Pettifor, économiste à l'université de Londres. « Il faudrait diversifier l'économie vers l'industrie et les services. »
En conclusion, dix ans après le Brexit, la City a non seulement survécu mais prospéré, déjouant les pronostics les plus pessimistes. Son avenir dépendra de sa capacité à s'adapter aux nouvelles régulations internationales et à la concurrence mondiale.



