Derrière les paillettes du plus prestigieux gala du Festival de Cannes, qui se tient ce jeudi 21 mai à Antibes, les équipes de l'Hôtel du Cap-Eden-Roc orchestrent une partition de haute voltige. Plongée dans l'envers d'une nuit hors norme.
Une organisation millimétrée
« John Travolta veut vous dire au revoir, il doit s'en aller ». Voilà à quoi ressemble un lundi dans la vie de Philippe Perd. Pour son 21e Festival international du film de Cannes, le directeur général de l'Hôtel du Cap-Eden-Roc connaît le rythme par cœur. Et, ce jeudi 21 mai au soir, tout va s'accélérer. Puisque le plus grand événement de la quinzaine se déroule, non pas sur la Croisette, mais bien dans le palace du cap d'Antibes.
Robbie Williams, DiCaprio, Eva Longoria, Almodovar… Le gala de l'amfAR – qui permet de récolter des dons pour la recherche sur le virus du Sida – va vivre sa 32e édition dans cet écrin d'exception. Une soirée hors-norme avec 850 convives, présentée par l'actrice américaine Geena Davis et animée par les performances de Robbie Williams, Zara Larsson ou encore PinkPantheress. Sur la liste des invités ? On retrouve des soutiens de poids, comme Pedro Almodóvar, Pamela Anderson, Heidi Klum, Leonardo DiCaprio ou encore Eva Longoria. Bref, le tout-Cannes et le tout-Hollywood s'y retrouvent depuis la première, en 2008.
Une machinerie parfaitement huilée, qui requiert l'installation d'une structure indépendante sur les terrains de tennis, un photocall à l'entrée, un passage au sein du lobby… Une scénographie millimétrée dont Philippe Perd avait déjà la vision. Année après année, l'intégralité des équipes se mobilise pour faire du rendez-vous un succès.
Le défi des cuisines
« Chacun prend conscience de ce challenge et prend à cœur le fait de démontrer qu'on est capable d'élever encore un peu plus le niveau d'excellence », souligne le directeur général. Après le cocktail dans la célèbre allée du palace – qui fait toujours son effet –, la clochette sonne à 20 heures pour inviter les hôtes à s'installer à leur place autour des 72 tables. Il faut que ce soit rapide, tout en ne donnant pas l'impression de presser les invités. Un vrai savoir-faire.
« Chaque année il y a une ou deux personnes qui n'ont rien à faire au cocktail. Ce sont des professionnels de la pratique en quelque sorte, ils font ça dans plusieurs événements. Il y en a certains que l'on commence à reconnaître d'ailleurs. Et on arrive à les sortir assez rapidement », confie Philippe Perd.
Le dîner débute avec les 850 entrées du menu « fleurs et bourgeonnement » (chaque année le thème change) qui doivent être servies en quinze minutes. Un défi, qui se prépare plusieurs jours en amont… « L'organisation valide le menu en amont. Cette année, on va servir raviole de petit pois morilles, on a 80 kg de morilles à nettoyer, 20 kg de pâtes à réaliser et… 100 kg de petits pois à écosser », explique le chef Sébastien Broda, qui mobilise l'ensemble des services pour cet événement.
Pour le plat, filet de bœuf – accompagné d'un petit bouquet de fleurs –, écrasé de pommes de terre à l'huile d'olive et petits légumes. Un assortiment de desserts clôt le repas. Évidemment, des alternatives – comme les petits farcis vegan – sont également proposées, comme l'indique le chef : « On planifie près de 30 % de changements de menu entre les allergies, les intolérances etc. »
Imprévus et anecdotes de stars
Mais il y a aussi des imprévus. « On peut aussi avoir des demandes de dernière minute, comme un burger pour Leonardo DiCaprio ! » Autre surprise : « Il y a quelques années, Sharon Stone était venue en cuisine, elle avait commandé des frites ! » Bref, tout est possible.
La principale difficulté ? « On est soumis au rythme du déroulé de l'amfAR, explique l'un des maîtres d'orchestre, Jérémy Heuline, directeur restauration. Le minutage est très précis. Leur objectif c'est la vente aux enchères et non pas le dîner. »
Un service discret et efficace
Le service, mené par 150 « petites mains », doit ainsi être discret et efficace. En toute logique, les chefs sont équipés d'oreillettes pour être en lien direct avec les leaders cuisine et salle. Une fois le ballet lancé, plus rien ne l'arrête. Au service, chacun a un trajet bien précis à respecter. Une ligne à suivre, tout en veillant à rester dans l'ombre lorsque les caméras tournent.
« Quand les équipes entrent dans la tente, il peut arriver qu'il fasse très sombre donc nous avons nos “phares”, les plus grands de la brigade qui servent de repère. À chaque table, un maître d'hôtel pour s'assurer que rien ne manque. »
Pour l'événement, une cuisine éphémère est installée sous la tente. « Imaginez un long couloir, où chacun est à son poste avec une tâche bien précise », illustre Sébastien Broda qui dirige, ce soir-là, une brigade de 100 personnes. Une vraie arrière-base qui permet d'assurer le service jusqu'à la fin du repas, vers 23 heures.
« Mais ce n'est pas fini ! On bascule ensuite à minuit sur l'after-party à la piscine. Là, il faut faire 150 pizzas, des mini-burgers, des croque-monsieur… » Ce n'est que vers 3 heures, lorsque le calme est revenu que Jérémy et Sébastien se retrouvent au lounge. Ils observent le jardin et soufflent : « C'est bon ! Encore un de fait » Pour eux, la saison vient d'être lancée pour de bon. La nuit sera courte.
Une équipe est déjà à l'œuvre pour débarrasser. « La magie, c'est que le lendemain à 9 heures, tout est revenu comme avant. C'est comme s'il n'y avait rien eu. » Désormais, seuls les souvenirs restent.



