Mort d'Étienne Davignon : fin des poursuites pour l'assassinat de Lumumba
Mort de Davignon : fin des poursuites pour Lumumba

Rien ne semble pouvoir perturber la frénétique activité de Kinshasa. Dans les bouchons interminables de la capitale, les motos zigzaguent entre les voitures immobilisées pendant que les vendeurs ambulants tentent d’arracher quelques clients aux vitres entrouvertes. Dense, bruyante, la capitale de la RDC vit à son rythme, tambour battant. Et pourtant un événement vient de raviver l’une des pages les plus sombres de l’histoire du pays : la mort d’Étienne Davignon.

Un procès historique enterré

Annoncée lundi 18 mai, elle met un terme à la procédure pénale ouverte en Belgique concernant le rôle présumé joué par ce dernier dans l’assassinat de Patrice Lumumba, le 17 janvier 1961. Elle éloigne définitivement la perspective d’un procès historique sur le meurtre du premier chef de l’État du Congo indépendant. Intenté en 2011 par la famille Lumumba, ce procès était considéré comme historique en Belgique. Jamais, jusqu’ici, une juridiction pénale n’avait été saisie pour établir des responsabilités dans cet assassinat.

Mais à Kinshasa, l’annonce n’avait suscité ni réaction officielle ni véritable débat public. Ni le gouvernement ni la présidence ne s’étaient exprimés. Dans les médias locaux, le sujet était resté discret, presque marginal.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des soupçons de complicité

Le renvoi d’Étienne Davignon ne portait pas sur une participation directe à l’assassinat de Lumumba ; une qualification que le parquet fédéral belge avait déjà écartée. Elle portait sur une série d’infractions liées au traitement réservé à Lumumba après son arrestation. Le tribunal devait se pencher sur plusieurs chefs d’accusation : la détention ou le transfert illicite d’un prisonnier de guerre, la privation du droit à un procès équitable, ainsi que des traitements humiliants et dégradants. Ces éléments relevaient, dans leur qualification juridique, de la participation à des crimes de guerre.

La justice belge soupçonnait l’ancien diplomate notamment d’avoir joué un rôle dans le transfert de Lumumba vers le Katanga sécessionniste, où il fut exécuté. Une accusation que l’intéressé avait toujours contestée. Au-delà de la figure de Lumumba, la justice belge estimait qu’Étienne Davignon devait répondre de sa complicité présumée dans la disparition de Maurice Mpolo et Joseph Okito, deux responsables politiques congolais arrêtés et exécutés aux côtés de l’ancien Premier ministre congolais.

« La justice arrive, mais elle arrive après l’histoire », commente Jonathan Kabuika, historien et professeur à l’Université pédagogique nationale de Kinshasa. Au sein de la Fondation Lumumba à Kinshasa, cette décision judiciaire avait été accueillie avec prudence. « Nous attendions des éléments d’éclaircissement historique qui permettraient non seulement de comprendre ce qui s’était passé, mais aussi d’enseigner aux autres nations et aux peuples le combat pour la libération », regrette son directeur général, Michel Kitoko.

Un passé qui reste à affronter

Pour Jonathan Kabuika, ce procès intervenait dans un temps qui n’était plus celui de la réparation immédiate. « On n’était plus simplement en train de juger un crime. On affrontait un passé qui a été étouffé pendant des décennies. » Lumumba avait contribué à libérer le Congo de la domination brutale de la Belgique en 1960. Il avait notamment prononcé un discours diffusé à l’échelle nationale devant le roi de Belgique et les diplomates, qualifiant le régime belge de « servitude humiliante imposée par la force » et affirmant : « Nous sommes fiers de cette lutte, de nos larmes, de notre feu et de notre sang, jusqu’au plus profond de notre être. »

Son discours, jugé à l’époque incendiaire, fit de lui une figure majeure de la lutte anticoloniale à travers tout le continent africain. Rapidement, il devint l’homme à abattre. Lumumba ne fut chef du gouvernement du nouvel État que pendant deux mois et treize jours, du 30 juin au 12 septembre 1960. Quelques mois plus tard, il fut transféré dans la région sécessionniste du Katanga, dans le sud du pays, avant d’être exécuté le 17 janvier 1961 par des séparatistes, avec l’appui de mercenaires belges, à l’âge de 35 ans. Son corps fut dissous dans l’acide.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Le dossier judiciaire avait refait surface en 2020, lorsque le parquet fédéral belge révéla la découverte d’un fragment du corps de Lumumba en Belgique – une dent conservée par la fille d’un policier impliqué dans la disparition du corps. Cette relique avait ravivé les débats sur la responsabilité de la Belgique dans l’assassinat de Lumumba.