Canicule : la complainte fétide des vies sacrifiées
Canicule : la complainte fétide des vies sacrifiées

Plus de 10 000 morts en Europe en une seule semaine fin juin, selon le réseau européen de surveillance de la mortalité EuroMomo, soutenu par l'OMS. Neuf victimes sur dix ont plus de 65 ans. En France, Santé publique France a enregistré 2 025 décès supplémentaires du 22 au 28 juin par rapport à la semaine précédente, soit une hausse de 29,1 %.

Une ritournelle nauséeuse

Une complainte fétide s'élève, murmurée au comptoir des bars, sur les réseaux sociaux, lors des repas de famille : « Oui, la canicule est meurtrière, mais qui sont les victimes ? Des personnes âgées, très âgées et très affaiblies qui, de toute façon, n'en avaient plus pour longtemps. Alors… » Ces points de suspension cachent un non-dit glaçant : « ce n'est pas si grave », « ces gens allaient mourir de toute façon », « il faut se battre pour ceux qui en valent la peine ».

Le précédent de la pandémie

Cette chanson fétide n'est pas nouvelle. Au début de la pandémie de Covid-19, certains conseillaient de « laisser faire la nature » pour construire une immunité collective sur les tombes des plus fragiles. C'était notamment la position du Premier ministre britannique Boris Johnson, tandis que Donald Trump proposait d'injecter de l'eau de Javel aux malades. En novembre 2025, une commission d'enquête publique britannique a estimé que « la tardivité et l'incohérence des décisions prises au début de la crise » sont responsables de 23 000 morts, sur un total d'environ 226 000 décès. Le Royaume-Uni n'a été confiné que le 24 mars 2020, une semaine après la France.

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Protéger les plus vulnérables

Faut-il s'indigner de cette ritournelle ? Évidemment. Les règles d'une société civilisée ne doivent rien à la loi de la jungle. Notre devoir collectif est de bâtir un espace où les plus vulnérables sont protégés : nos aînés, mais aussi nos enfants, frappés d'écoanxiété. Selon un rapport de l'Ademe de 2025, l'angoisse relative au dérèglement climatique concerne 33 % des 15-24 ans et 39 % des 25-34 ans.

Le défi des dirigeants

Pour nos dirigeants, le défi est immense. Mais à l'heure de comparaître devant le tribunal de l'histoire, c'est à cette aune qu'ils seront jugés : auront-ils su protéger les plus faibles, ou auront-ils laissé faire la nature ?

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