Les slogans entendus dans les manifestations lycéennes et étudiantes, notamment lors de l'acte V ce mardi, résument une colère : « Du fric pour l’université, pas pour l’armée ». Cette critique intervient alors que le budget de la Défense a augmenté, passant à 413,3 milliards d’euros pour 2024-2030, soit 2,5 % du PIB par an, contre 1,6 % en 2023. Les jeunes et leurs professeurs dénoncent un manque de moyens pour assurer les cours dans des conditions dignes.
Un décalage qui alimente la colère
Alors que Sébastien Lecornu présente le budget de l’État 2027, les revendications insistent sur les besoins de l’école. La guerre en Ukraine et la menace russe ont justifié une rallonge de 36 milliards d’euros sur cinq ans pour la Défense. Le budget de l’Éducation nationale, lui, stagne, avec 5 % du PIB en 2023, contre 6,7 % en 2025. Ce décalage alimente la colère, comme le souligne Sylvie Matelly, économiste spécialiste des questions de défense et directrice de l’Institut Jacques Delors.
« Il faut trouver un coupable, ajoute-t-elle, et cette forte augmentation apparaît, injustement, comme une barrière au budget de l’Éducation. » Les investissements militaires « sont financés par la dette », précise Fanny Coulomb, maîtresse de conférences à Sciences Po Grenoble.
Un slogan ancien, une réalité complexe
« Dire qu’1 euro de plus pour la Défense signifie 1 euro de moins pour l’éducation serait trop simpliste, abonde Lilas Demmou, économiste principale au département des affaires économiques de l’OCDE. Mais le slogan pointe une vraie tension. » Ce slogan n’est pas nouveau : en 1986, pendant la Guerre froide, « il y avait cette revendication », se souvient Sylvie Matelly. À l’époque, le budget de l’armée (195,27 milliards de francs) dépassait celui de l’Éducation (169,2 milliards de francs), selon le Sénat.
Un rattrapage nécessaire ?
Depuis la fin des années 1990, les pays de l’Union européenne ont « sous-investi » dans leurs armées. « La hausse d’aujourd’hui est un rattrapage », et il est moindre en France que chez ses voisins, explique Fanny Coulomb. Entre 2014 et 2025, le budget français des armées a augmenté de 28 %, contre +154 % en Allemagne et +352 % en Pologne. Le budget de l’Éducation est resté stable, confronté à l’inflation.
Dans un pays « qui fonctionne bien, le système éducatif tourne et l’armée assure la sécurité de la population, ce sont deux entités complémentaires », souligne Sylvie Matelly. Il serait « contradictoire de déshabiller l’éducation pour habiller la Défense », insiste Fanny Coulomb. Le secteur des armées est « porté par des technologies de pointe qui nécessitent des ingénieurs de haut niveau », formés à l’école.