À l'approche du dixième anniversaire du référendum sur le Brexit, Denis MacShane, qui fut le ministre chargé de l'Europe dans le gouvernement travailliste de Tony Blair au début des années 2000, revient sur le bilan catastrophique à ses yeux de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE).
Le référendum : une erreur historique
Il y a dix ans, Nigel Farage était au paradis politique. Depuis son entrée au Parlement européen en 1999 à la tête d'un petit parti anti-européen, il n'avait qu'une seule revendication : que le Royaume-Uni organise un référendum sur sa sortie de l'UE. Celui-ci eut lieu le 23 juin 2016. Son souhait fut exaucé par le gouvernement de coalition dirigé par le Premier ministre conservateur David Cameron et son adjoint, Nick Clegg, le chef europhile des libéraux-démocrates.
Les deux hommes croyaient que le peuple britannique ne tournerait jamais le dos à l'Europe. Ce fut, selon MacShane, la plus stupide erreur commise par un Premier ministre britannique depuis que le conservateur Neville Chamberlain signa en 1938 les accords de Munich avec Adolf Hitler.
Un bilan économique désastreux
Dix ans plus tard, le verdict est tombé sur la rupture du Royaume-Uni avec l'Europe. La plupart des économistes s'accordent à dire que l'économie britannique se contractera de 8 %. Hormis les services financiers offerts par la City de Londres, le reste de l'économie britannique a souffert. Les secteurs manufacturier, aérospatial, automobile, de la construction navale, de la chimie, de l'agriculture et de l'alimentation ont été touchés et les exportations ont diminué.
En 2025, les exportations de biens de l'Allemagne s'élevaient à 1 770 milliards de dollars (1 540 milliards d'euros), celles de l'Italie à 726 milliards, celles de la France à 683 milliards et celles du Royaume-Uni post-Brexit à 555 milliards. Le plus éminent juriste d'Angleterre, Lord Jonathan Sumption, décrit le Brexit comme « un acte de vandalisme économique grossier » et « l'abandon de cinq siècles d'une diplomatie britannique intelligente ».
Conséquences sociales et politiques
Depuis le Brexit, le Royaume-Uni a chuté dans les classements des économies les plus compétitives. Alors que le revenu national du pays se réduit en raison de la diminution des échanges commerciaux et des investissements avec l'Europe, le gouvernement se révèle incapable de financer les nouvelles exigences en matière de dépenses de défense ou de prestations sociales destinées à couvrir le million de jeunes Britanniques âgés de 16 à 24 ans qui n'ont ni emploi, ni formation, ni études.
Pourtant, les auteurs du Brexit, comme David Cameron ou Boris Johnson, ainsi que nombre de dirigeants d'entreprise et de journalistes de l'élite, restent aujourd'hui silencieux. Cette omerta autour du Brexit imprègne les élites politiques, désormais effrayées par la montée de Farage et d'autres partis encore plus à droite et plus racistes, soutenus par Elon Musk et J.D. Vance.
Une leçon pour l'Europe
Le Brexit a été mauvais pour la Grande-Bretagne, mauvais pour l'économie européenne dans son ensemble et mauvais pour l'idée d'une Europe devenant un acteur mondial plus important. Mais il a enseigné une leçon importante à Marine Le Pen, Giorgia Meloni et à la plupart des compagnons de route européens de la droite europhobe britannique. Lorsque le résultat du référendum sur le Brexit fut annoncé, Marine Le Pen couvrit ses publications sur les réseaux sociaux du drapeau britannique. Mais, très vite, en constatant les dégâts causés par le Brexit, toute discussion sur un « Frexit » ou sur l'abandon de l'euro par l'Italie a disparu.
La politique britannique ressemble de plus en plus à la IVe République française ou à l'Italie de Silvio Berlusconi : aucun parti, même majoritaire, n'est capable de gouverner efficacement, et les changements constants de positions et de personnalités entraînent une instabilité permanente.
Un regret massif de l'opinion publique
Tous les sondages réalisés au cours des douze derniers mois montrent qu'une nette majorité d'électeurs considèrent désormais le Brexit comme une grave erreur (57 %, dont 23 % des électeurs ayant voté pour la sortie de l'UE, d'après une récente enquête réalisée par l'Institut YouGov). Mais, jusqu'à présent, les élites politiques anglaises de gauche à droite n'ont pas trouvé le moyen de refléter ou de respecter ce changement massif de l'opinion publique.
Le 6 juin 1944 est une date dont chaque Anglais se souvient avec fierté, lorsque les soldats britanniques débarquèrent sur les plages de Normandie pour libérer l'Europe des méfaits du nationalisme ethnique d'extrême droite. Le 23 juin 2016 est une date que la plupart des Britanniques souhaitent aujourd'hui ne jamais avoir connue.



