Brexit : le paradoxe du succès durable de ses artisans
Brexit : le paradoxe du succès des artisans

Un paradoxe insoutenable

Dans une tribune publiée dans Le Monde, Aurélien Antoine, spécialiste du droit britannique, souligne le paradoxe du succès durable de ceux qui sont à l'origine du Brexit. Selon lui, il est insoutenable de constater que les architectes de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne continuent de prospérer politiquement et médiatiquement, alors que les conséquences économiques et sociales du Brexit se révèlent désastreuses.

Antoine rappelle que le Brexit a été promu par des figures comme Boris Johnson, Nigel Farage ou encore Dominic Cummings, qui ont su capitaliser sur le mécontentement populaire et les promesses de souveraineté retrouvée. Pourtant, les études montrent que le coût économique du Brexit est estimé à 4 % du PIB britannique à long terme, selon le Bureau de la responsabilité budgétaire (OBR).

Les conséquences économiques

Le spécialiste cite des données précises : les exportations britanniques vers l'UE ont chuté de 15 % depuis 2020, et les investissements étrangers directs ont diminué de 30 %. De plus, les pénuries de main-d'œuvre dans des secteurs clés comme la santé, l'agriculture et la logistique sont directement liées à la fin de la libre circulation des travailleurs.

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Antoine note que les classes populaires, qui avaient massivement voté pour le Brexit, sont les premières victimes de cette situation. « Le paradoxe est que ceux qui ont orchestré cette rupture continuent de bénéficier d'une légitimité politique, tandis que les effets négatifs se concentrent sur les plus vulnérables », écrit-il.

Un succès politique durable

Malgré ces bilans négatifs, les figures pro-Brexit restent influentes. Boris Johnson, bien qu'affaibli, conserve une base électorale solide. Nigel Farage, de son côté, multiplie les apparitions médiatiques et influence le débat public. Pour Aurélien Antoine, ce succès durable s'explique par la capacité de ces acteurs à incarner une narrative identitaire et souverainiste, qui résonne encore dans l'opinion.

« Le Brexit est devenu un mythe politique, une référence absolue pour une partie de la population, indépendamment de ses résultats concrets », analyse-t-il. Cette situation crée un décalage entre la réalité des faits et la perception politique, rendant difficile toute remise en cause du choix de 2016.

Un avertissement pour l'Europe

Pour Antoine, le cas britannique est un avertissement pour les autres démocraties européennes. Il montre comment des forces populistes peuvent utiliser des promesses simplistes pour gagner du pouvoir, puis maintenir leur influence malgré l'échec de leurs politiques. « La leçon est claire : il ne suffit pas de démontrer l'échec d'une politique pour que ses promoteurs en paient le prix politique », conclut-il.

Le spécialiste appelle à une réflexion sur les mécanismes de responsabilité politique et sur la nécessité de renforcer la culture du débat public fondé sur les faits. Sans cela, prévient-il, d'autres aventures similaires pourraient survenir, avec des conséquences tout aussi dommageables.

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