Nicolas Bouygues, un temps le préféré de son père Francis Bouygues et désigné comme successeur naturel de l'empire du BTP, est devenu un paria après avoir quitté le groupe familial. Dans des confidences inédites recueillies par Caroline Michel-Aguirre pour Le Nouvel Obs, il raconte les rancunes accumulées et le procès qui l'oppose depuis six ans à ses frères Martin et Olivier, soutenus par leur sœur Corinne, pour obtenir une révision de leur héritage.
La dynastie rêvée par Francis Bouygues
Francis Bouygues rêvait de fonder une dynastie à l'américaine, à l'image des Rockefeller. En 1952, il emprunte un petit pécule et se lance dans la construction. Travailleur acharné, levé tôt et rentré tard, sur le pont sept jours sur sept, séduisant et charismatique, il s'entoure de Polytechniciens, bétonne les contrats, tord le cou aux fournisseurs et fonde même un ordre interne, le Minorange, avec ses grades et ses récompenses destinés aux ouvriers méritants. La méthode est paternaliste, mais redoutablement efficace.
La réussite de la maison orange est fulgurante dans la France de l'après-guerre. Son patronyme reste associé aux grands ouvrages de l'époque : le Parc des Princes, le Palais des Congrès et le trou des Halles dans la capitale, ainsi que l'aéroport Paris-Charles-de-Gaulle. Le fondateur sait aussi soigner ses réseaux politiques. Les concurrents fustigent le « système Bouygues » qui arrose les élus de tous bords, mais tout le monde fait pareil, et le financement des partis politiques n'est pas encore réglementé. Le cœur de Francis Bouygues penche néanmoins à droite.
De favori à paria
Nicolas Bouygues a été désigné comme successeur naturel dès son plus jeune âge. Pourtant, après avoir quitté le groupe familial et connu des démêlés avec la justice, il est devenu un paria. Selon ses confidences, son père lui aurait dit : « Je te hais à mort ». Les rancunes se sont accumulées, menant à un procès qui dure depuis six ans. Nicolas Bouygues réclame une révision de l'héritage, tandis que ses frères Martin et Olivier, soutenus par leur sœur Corinne, s'y opposent.



