Le fantasme d’un humain amélioré sans maladies, super-performant, super-intelligent
Des start-up américaines et chinoises rêvent de créer des bébés génétiquement modifiés. Cette quête, qui semblait relever de la science-fiction il y a encore quelques années, est désormais à portée de main grâce aux progrès de l’édition génomique, notamment la technique CRISPR. Plusieurs entreprises, comme la californienne Veritas Genetics ou la chinoise BGI, investissent massivement dans la recherche pour permettre aux futurs parents de choisir les caractéristiques génétiques de leurs enfants.
Une promesse aux accents eugénistes
Les promoteurs de ces technologies avancent des arguments médicaux : éliminer les maladies héréditaires, réduire les risques de cancer ou de diabète. Mais au-delà, certains fantasment sur un humain « augmenté », aux capacités physiques et intellectuelles décuplées. Des start-up comme la société américaine Genomic Prediction proposent déjà des tests de dépistage sur les embryons pour sélectionner ceux qui présentent les meilleures chances de réussite scolaire ou sportive. Ces pratiques soulèvent des questions éthiques majeures.
La communauté scientifique est divisée. Si certains chercheurs voient dans ces avancées une opportunité de lutter contre des maladies graves, d’autres dénoncent un glissement vers un eugénisme libéral où seuls les plus riches pourraient offrir à leurs enfants des « améliorations » génétiques. En France, la loi de bioéthique interdit toute modification génétique des embryons à des fins non thérapeutiques, mais les start-up contournent parfois ces restrictions en s’installant dans des pays aux législations plus laxistes.
Des techniques encore risquées
Malgré l’enthousiasme de certaines entreprises, les techniques d’édition génomique sur les embryons humains restent expérimentales et risquées. Des études ont montré que CRISPR peut provoquer des mutations non désirées ou des cassures de l’ADN. En 2018, le scientifique chinois He Jiankui avait annoncé la naissance des premiers bébés génétiquement modifiés, suscitant une vague d’indignation mondiale. Depuis, la Chine a renforcé sa législation, mais des laboratoires clandestins pourraient encore opérer.
Les start-up impliquées dans ce domaine avancent souvent masquées, évoquant des recherches sur les cellules souches ou la thérapie génique. Mais leurs brevets et leurs levées de fonds témoignent d’un intérêt croissant pour l’édition génétique germinale, c’est-à-dire transmissible à la descendance. Des investisseurs de la Silicon Valley, séduits par l’idée de « perfectionner » l’espèce humaine, misent sur ces entreprises.
Un débat de société nécessaire
Face à ces dérives potentielles, des voix s’élèvent pour réclamer un moratoire international sur la modification génétique des embryons. L’Organisation mondiale de la santé a déjà appelé à un encadrement strict. En France, le Comité consultatif national d’éthique a rendu un avis défavorable à toute modification germinale. Pourtant, la course est lancée : les start-up avancent vite, et les législations peinent à suivre.
Le fantasme d’un humain amélioré sans maladies, super-performant et super-intelligent séduit autant qu’il effraie. Il pose la question de notre rapport à la nature, à l’égalité et à la diversité humaine. Alors que les techniques progressent, le débat de société devient urgent pour définir les limites à ne pas franchir.



