Retour sur l'exercice Atlantic Trident 2021
Du 26 au 28 mai 2021, les forces aériennes américaines (US Air Force), britanniques (Royal Air Force) et françaises (Armée de l'Air et de l'Espace) ont participé à l'exercice Atlantic Trident. Cet événement inédit en Europe s'est déroulé sur la Base aérienne 118 de Mont-de-Marsan, réunissant une cinquantaine d'aéronefs. Voici le récit de cette manœuvre d'envergure.
Une menace simulée à Royan
La menace a été identifiée dans des bâtiments à Royan (Charente-Maritime). Après analyse, la décision de détruire la cible a été prise. Le mission commander, basé à la BA 118, a choisi d'utiliser la force de frappe des F35 américains, dernière génération. Les missiles air-air longue portée Meteor des Rafales français, une révolution technologique, étaient également indispensables, tout comme le soutien des Typhoons britanniques basés à Coningsby.
Préparatifs et décollage
Sur le tarmac montois, mécaniciens et pilotes s'activaient sans précipitation pour faire décoller ces géants d'acier. La mission devait être menée avec précision. En face, une vingtaine d'avions s'opposaient à l'intervention de la coalition. Le combat aérien, complexe, a duré près d'une heure et demie à 30 kilomètres au large des côtes françaises. Vols supersoniques, envois de missiles, tirs à vue et manœuvres d'éjection étaient au programme. L'objectif était de réussir l'exercice, qui s'est déroulé du 17 au 28 mai 2021.
Un défi logistique et humain
Le colonel Rouillé a souligné : "C'est un véritable défi pour nous, en particulier en période de Covid. La base offre une infrastructure idéale pour accueillir ce type d'événement. Nous sommes à proximité des deux espaces aériens (façade atlantique et Massif central) les plus utilisés pour l'entraînement." Le général Bertrand Jardin, commandant la Brigade aérienne de l'aviation de chasse (BAAC), a fourni des chiffres impressionnants : "C'est un an de préparation, 600 militaires mobilisés, 40 avions de chasse, 10 avions de soutien aérien, deux sessions par jour pendant dix jours et des dizaines d'heures de briefing et de débriefing."
Les forces en présence
Les 12 F35A Lightning de l'US Air Force ont mis onze heures trente pour rallier la France, avec 11 ravitaillements en vol. Les pilotes américains Burst Saunders et Shaby Williams, âgés de 28 ans, ont confié : "On s'est préparés en décalant notre rythme de sommeil pour être à l'heure française." Ils ont goûté au kebab montois mais n'ont pas osé essayer le foie gras du mess. Jonny Farrow, group captain dans la Royal Air Force, était l'un des rares Britanniques présents sur la BA 118, les autres étant stationnés sur leur base ou sur le porte-avions Queen Elizabeth II, qui mouillait au large des côtes françaises. "C'est la première fois qu'il prend part à un exercice", a-t-il déclaré.
Interopérabilité et enrichissement mutuel
Un pilote français surnommé Wiki a expliqué : "L'Atlantic Trident crée et entretient le lien de confiance qui existe dans la coalition. Nos matériels évoluent. En vol, on voit comment les atouts de l'un peuvent servir les besoins de l'autre. C'est indispensable pour notre interopérabilité. Dans le ciel, 1+1+1, ça fait beaucoup plus que trois." Malgré des procédures communes, les trois forces n'ont pas les mêmes avions ni la même approche tactique, mais dès la première sortie, tous ont reconnu s'enrichir mutuellement.
Débriefing et leçons apprises
Au sol, l'outil Jeannette permettait de créer et suivre la mission, avec des scénarios opposant les Blue (gentils) aux Red (méchants). Quand un avion était touché, son icône devenait un cercueil. Après le vol, les militaires se consacraient au débriefing. Le capitaine François a précisé : "La mission se termine à la fin du débriefing, quand on a expliqué ce qui s'est passé." À l'aide d'un laser rouge, il pointait sur l'écran les moments stratégiques grâce au logiciel TacView, issu du monde des jeux vidéo, permettant de revivre le combat et d'en tirer des leçons.
De l'exercice à la réalité
Beaucoup de virtuel, de cibles imaginaires et de missiles fictifs, mais en avril 2018, les trois armées de l'air avaient démontré leur capacité d'action commune lors du raid Hamilton au-dessus de la Syrie, comme l'a rappelé le général Philippe Lavigne, chef d'État-major de l'Armée de l'Air et de l'Espace française. Parfois, la fiction rattrape la réalité.



