Jeudi 28 août, les députés argentins ont adopté une réforme majeure de la banque centrale, consacrant la rigueur monétaire comme principe directeur de la politique économique. Ce vote, obtenu après un débat houleux, donne au gouvernement de Javier Milei un outil législatif pour verrouiller la lutte contre l'inflation, qui reste la priorité affichée de l'exécutif.
Une réforme soutenue par le gouvernement Milei
Le texte, porté par la coalition au pouvoir, a recueilli 142 voix pour, 106 contre et 5 abstentions. Il modifie la charte organique de la Banque centrale de la République argentine (BCRA) afin d'inscrire dans la loi l'objectif de stabilité monétaire comme mission première de l'institution. Concrètement, la réforme interdit au Trésor public de recourir au financement monétaire direct, c'est-à-dire à la planche à billets, pour couvrir ses déficits.
Le ministre de l'Économie, Luis Caputo, a défendu le projet en soulignant que cette réforme « met fin à une époque où la banque centrale était utilisée comme une machine à imprimer de la monnaie ». Selon lui, cette évolution est indispensable pour « ancrer les attentes d'inflation » et restaurer la crédibilité de la politique monétaire argentine, mise à mal par des décennies de dérives budgétaires.
Les détails de la nouvelle charte
La réforme introduit plusieurs dispositions clés. Outre l'interdiction du financement monétaire du déficit public, elle renforce l'autonomie de la banque centrale en fixant des mandats précis pour ses dirigeants, nommés pour une durée de six ans, renouvelable une fois. Le texte prévoit également que la BCRA devra publier des rapports trimestriels détaillant ses décisions de politique monétaire et ses projections d'inflation, afin d'accroître la transparence.
Une autre mesure importante concerne le taux de change. La banque centrale devra désormais « veiller à la stabilité externe de la monnaie », un ajout qui pourrait contraindre les interventions sur le marché des changes. Les économistes proches du gouvernement y voient un signal fort envoyé aux investisseurs internationaux, alors que l'Argentine tente de renégocier sa dette avec le Fonds monétaire international (FMI).
Une opposition divisée
L'opposition péroniste a vivement critiqué le texte, dénonçant une « perte de souveraineté monétaire » et un risque de récession accrue. La députée Cecilia Moreau a affirmé que cette réforme « sacrifie la croissance sur l'autel de l'orthodoxie », tandis que d'autres élus ont rappelé que les mesures d'austérité budgétaire déjà en place ont fait bondir le taux de pauvreté à 52 % de la population.
Malgré ces critiques, le gouvernement a obtenu le soutien de plusieurs députés de la droite provinciale et de quelques dissidents du centre, permettant l'adoption du texte en première lecture. Le projet doit maintenant être examiné par le Sénat, où la coalition au pouvoir ne dispose pas de majorité absolue, ce qui pourrait compliquer la suite du processus législatif.
Impact attendu sur l'économie
Les marchés ont réagi positivement à cette annonce, l'obligation souveraine argentine voyant son rendement baisser de 0,3 point de pourcentage en séance. Les analystes estiment que cette réforme, si elle est confirmée par le Sénat, pourrait débloquer de nouveaux financements du FMI, qui conditionne ses décaissements à des réformes structurelles. Selon les projections du gouvernement, l'inflation annuelle devrait ralentir à 45 % d'ici la fin de l'année, contre 211 % en 2023.
La suite du calendrier politique s'annonce toutefois incertaine. Le Sénat doit examiner le texte dans les prochaines semaines, et le gouvernement devra convaincre les sénateurs de l'opposition modérée. En cas d'échec, l'exécutif pourrait recourir à un décret d'urgence, une option juridiquement contestée mais déjà utilisée par le passé. Pour l'heure, la réforme de la banque centrale constitue une étape décisive dans la stratégie de stabilisation économique du président Milei, dont l'issue dépendra de la capacité du gouvernement à maintenir sa majorité parlementaire.



