Alan Greenspan, l'ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed) et incarnation d'un libéralisme sans frein, est mort à l'âge de 96 ans, a annoncé sa famille ce mercredi 22 juin 2026. Il avait dirigé la banque centrale américaine de 1987 à 2006, une période marquée par une croissance économique soutenue mais aussi par les prémices de la crise financière de 2008.
Un parcours atypique
Né le 6 mars 1926 à New York, Alan Greenspan a étudié l'économie à l'université Columbia avant de faire carrière dans le conseil. Il a été nommé à la tête de la Fed par le président Ronald Reagan en 1987. Sa politique monétaire, caractérisée par des taux d'intérêt bas et une dérégulation financière, a été saluée par les marchés mais critiquée pour avoir favorisé les bulles spéculatives.
Selon l'économiste Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, « Greenspan a incarné une époque où la croyance dans l'autorégulation des marchés était poussée à son extrême, avec des conséquences désastreuses pour l'économie mondiale. »
La dérégulation et ses conséquences
Greenspan était un fervent partisan de la dérégulation financière. Il a notamment soutenu la loi Gramm-Leach-Bliley en 1999, qui a abrogé le Glass-Steagall Act de 1933, séparant banques commerciales et d'investissement. Cette dérégulation est souvent pointée du doigt comme l'une des causes de la crise de 2008.
En 2005, Greenspan a déclaré devant le Congrès américain : « Les marchés financiers sont capables de s'autoréguler et de corriger les excès. » Cette déclaration a été largement remise en question après l'effondrement de Lehman Brothers en 2008.
Taux bas et bulle immobilière
Pendant son mandat, Greenspan a maintenu des taux directeurs très bas, ce qui a alimenté une bulle immobilière aux États-Unis. Entre 2001 et 2004, le taux des fonds fédéraux est passé de 6,5 % à 1 %, un niveau historiquement bas. Selon une étude de la Fed de Dallas, cette politique a contribué à une hausse de 40 % des prix de l'immobilier entre 2000 et 2006.
Dans ses mémoires publiées en 2007, Greenspan a reconnu que « la bulle immobilière a été en partie alimentée par des taux d'intérêt trop bas », mais il a minimisé son rôle en affirmant que « la Fed ne peut pas à elle seule contrôler les prix des actifs. »
Héritage controversé
L'héritage d'Alan Greenspan reste profondément controversé. Ses partisans louent sa gestion de la croissance des années 1990 et sa réponse aux crises boursières de 1987 et 2000. Ses détracteurs lui reprochent d'avoir créé les conditions de la crise financière de 2008.
L'économiste Paul Krugman a écrit dans le New York Times : « Greenspan était un idéologue qui a cru que les marchés pouvaient tout résoudre. Son héritage est une leçon sur les dangers du libéralisme sans frein. »
Alan Greenspan laisse derrière lui un débat toujours vif sur le rôle de la banque centrale et les limites de la dérégulation.



