Une tribune pour défendre la création audiovisuelle publique
Le budget de France Télévisions est menacé, et plus de 110 visages familiers des téléspectateurs, présents dans les films et fictions produits par le service public, ont signé une tribune alarmiste publiée en exclusivité par Le Parisien. Sans s’adresser directement à la ministre de la Culture Rachida Dati, auditionnée par le Sénat le 28 octobre, la tribune prend des accents de manifeste. Destinée à alerter les pouvoirs publics sur les risques que les coupes budgétaires supplémentaires annoncées pour France Télévisions font peser sur la création, le texte s’affirme comme une défense de l’exception culturelle française, sans la mentionner explicitement. L’humoriste et acteur Mathieu Madénian souligne cet aspect auprès du quotidien.
Un « bien public essentiel »
Rappelant que la création est un « bien public essentiel », des personnalités comme Pierre Arditi, Miou-Miou, Tomer Sisley, Sara Mortensen, Laure Calamy, Thibault de Montalembert, Guillaume de Tonquédec, Samuel Le Bihan, Charles Berling, Corinne Masiero, Pascal Elbé, Isabelle Carré, Fanny Cottençon, Alix Poisson, Patrick Chesnais, Cécile Bois, Pascal Légitimus, Sylvie Testud, Laura Smet, Cristiana Reali, Mathieu Madénian ou Thierry Godard, entre autres actrices et acteurs travaillant pour des productions du service public, insistent sur le lien qui les unit avec les spectateurs de France Télévisions.
« Nous rentrons dans les foyers en leur apportant des histoires qui leur parlent d’eux, de leurs réalités, joies et difficultés, de la complexité du monde dans lequel nous vivons », indique le texte de la tribune. Cette approche sociétale, ces « réalités » et leurs enjeux « seraient peut-être ignorés » si France Télévisions, avec sa mission de service public, ne les traitait pas dans ses productions – « de la fiction au documentaire, en passant par le spectacle vivant et l’animation ». « Ce n’est pas parce qu’on divertit qu’on ne doit pas être pris au sérieux. Le service public propose des témoignages qui permettent d’éveiller les consciences, de mieux comprendre le monde. On a une fonction utile dans la société », assure au Parisien Cécile Bois, qui porte la série Candice Renoir.
Le danger des réseaux sociaux
Arguant que « cette création-là est régulièrement et fortement plébiscitée par le public, que ce soit sur les antennes de France Télévisions ou sur la plateforme gratuite france.tv », les signataires mettent en garde sur ce que fragilisent des coupes budgétaires drastiques. « Enlever 60 millions signifie une soirée fiction de moins par semaine », explique la productrice Iris Bucher. Cela impliquerait plus de rediffusions et sans doute l’achat de programmes étrangers. Contre cette vision comptable de la création, l’humoriste Mathieu Madénian ne plaisante pas : « On ne peut pas réduire la culture à un tableau Excel », insiste-t-il auprès du quotidien, ajoutant : « Ce sont des risques que les chaînes commerciales, souvent, ne prendraient pas. » « Ne mettons pas en péril la diversité de la création, la qualité et l’étendue de l’offre gratuite proposée tous les jours à des millions de Français », exhorte le texte des comédiens.
L’appauvrissement de l’offre aurait aussi des conséquences pernicieuses sur le jeune public. « Ne laissons pas aux autres le soin de raconter nos histoires, d’éveiller nos consciences ! », alertent les signataires, qui désignent le danger : « Défendons les histoires que nous proposons au jeune public afin de ne pas le pousser définitivement vers les contenus proposés sur les réseaux sociaux et Internet, souvent moins responsables. »
En 2025, rappelle Le Parisien, France Télévisions a déjà dû réaliser 112 millions d’euros d’économies par rapport à son contrat d’objectifs et de moyens initial. 140 millions d’économies supplémentaires sont prévues en 2026. Résultat : les projets sont en attente, les producteurs ne pouvant pas engager de l’argent qu’ils n’ont pas. Les rediffusions se multiplient. Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, avait déjà pointé cet été au festival de fiction de La Rochelle que ces efforts budgétaires imposés au service public audiovisuel représentent « un réel danger pour notre profession ».



