40 ans à la cimenterie Lafarge de Contes : le témoignage de Bernard Peano
40 ans à la cimenterie Lafarge de Contes : le témoignage de Bernard Peano

Bernard Peano, 66 ans, a consacré près de 40 ans de sa vie à la cimenterie Lafarge de Contes, dans les Alpes-Maritimes. Embauché en 1982, il a quitté l'entreprise fin 2019, juste avant l'arrêt de la production du site en 2021. Aujourd'hui retraité, il partage ses souvenirs d'une entreprise qu'il décrit comme « familiale », où il a suivi les traces de son père et de son grand-père.

Une histoire de famille ancrée dans la cimenterie

Bernard Peano est un « Contois pure souche », né en 1960. Son père, Joseph, a travaillé 44 ans à l'usine, et son grand-père, Barthélémi, y a passé de nombreuses années. Deux de ses tantes ont également œuvré pour le cimentier de la vallée. « Tout petit, j’allais déjà à l’usine, j’ai baigné dedans », sourit-il. Son père est entré à l'usine en 1941, à la sacherie, avant de la quitter pour le maquis pendant la guerre. Après celle-ci, il est retourné à l'usine, où il a « fait carrière à la carrière ».

Bernard a été embauché en février 1982, alors que l'usine manquait de personnel. Il a rédigé une lettre de motivation et a rejoint son père à la carrière, où il est resté environ un an. « En rentrant à Lafarge, on savait qu’on pouvait évoluer, on laissait les gens progresser et accéder à d’autres postes », confie-t-il. On lui a rapidement proposé un remplacement au laboratoire. Malgré son manque de formation de chimiste, il a accepté et a suivi des cours du soir pour obtenir un diplôme de chimie. Il a ensuite pratiqué des « essais mécaniques sur béton » au laboratoire, où il est resté jusqu'à la fin de sa carrière.

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Une vie d'entreprise rythmée par la solidarité et la rigueur

Pour Bernard Peano, Lafarge était bien plus qu'un emploi. « C’était familial, on était tous au courant de ce qui pouvait arriver à l’un ou à l’autre. On partageait une vie ensemble », raconte-t-il. Le site était un véritable village, avec une piscine et une salle des fêtes. « Les gens se mariaient sur le site, j’ai appris à nager à la piscine de l’usine », se souvient-il. Il y avait aussi des conflits, des grèves et même « un peu de bagarres », mais le groupe « se serrait les coudes » et travaillait « tous dans le même sens ».

Il retient aussi « la bonne humeur » qui régnait dans l'entreprise. « Il y en avait toujours un pour faire une blague, même si on prenait notre travail très au sérieux car la sécurité l’emportait sur tout. Car la mort rôdait dans tous les coins entre les machines et les produits qu’on manipulait. On était obligé d’être rigoureux », explique-t-il. Bernard a vu arriver les nouvelles technologies et, avec elles, la diminution du personnel. « J’ai vu toutes les nouvelles technologies arriver et j’ai aussi vu le personnel diminuer aussi à cause de toutes ces avancées », observe-t-il.

La fermeture du site et l'avenir incertain

La cimenterie a fermé ses portes en 2021. Bernard Peano, parti à la retraite fin 2019, n'a pas subi cette fermeture, mais il est allé soutenir ses anciens collègues. « Même à la retraite, je suis allé soutenir mes anciens collègues. J’étais prêt à aller brûler des pneus », affirme-t-il. Il s'interroge sur l'avenir du site : « Il faut voir dans le temps ce que va devenir ce projet car il y a beaucoup de travaux à réaliser. Et puis, quelles entreprises vont avoir envie de s’installer ici ? »

Interrogé sur un éventuel retour à l'usine, sa réponse est catégorique : « Pour voir le laboratoire vide et tous ces murs vides ? Ça va me casser le moral. Quand on est là-bas, on revoit les fantômes du passé, souffle-t-il. Les anciens sont là, à leurs postes. On a l’impression qu’ils n’ont pas bougé. » Il préfère se souvenir des bons moments, comme le surnom qu'on lui avait donné à son arrivée : « Ils disaient : "Es lou pichin fiu de Toumé" qui veut dire "c'est le petit-fils de Toumé" en nissart. Toumé c'était le surnom de mon grand-père. » Bernard Peano a reçu la médaille d'or du mérite pour ses années de travail chez Lafarge.

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