« Une vie violente » : la Corse des années 1990, sans fard ni flamboyance
« Une vie violente » : la Corse sans fard ni flamboyance

Ce vendredi 28 août à 20h50, Ciné+ Festival diffuse « Une vie violente », deuxième long-métrage de Thierry de Peretti. Le film retrace, entre fiction et documentaire, le parcours d'une jeunesse prise dans l'engrenage du nationalisme corse à la fin des années 1990.

Un étudiant happé par la lutte indépendantiste

Stéphane, interprété par Jean Michelangeli, est un étudiant en sciences politiques issu de la petite bourgeoisie bastiaise. Galvanisé par la pensée marxiste, il rejoint un mouvement indépendantiste au moment où le FLNC vient de se diviser. Entre les branches dissidentes s'instaure une lutte qui, à défaut d'être révolutionnaire, sera finale pour les jeunes recrues comme Stéphane.

Thierry de Peretti, enfant du pays, s'attaque à un territoire que le cinéma avait laissé vierge : la Corse, son séparatisme et ses guerres de clans. Il s'inspire librement du parcours de Nicolas Montigny, qui avait donné une longue interview à « Paris Match » avant de voir sa vie sacrifiée pour une cause qui n'avait plus rien à voir avec celle qu'il croyait défendre.

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Un réalisme sans effets, tourné avec des acteurs locaux

Ceux qui s'attendent aux « Affranchis » au pays du brocciu en seront pour leurs frais. Si la structure narrative n'est pas si éloignée de celle de Scorsese, nulle flamboyance dans la mise en scène, ni ivresse de la violence. Peretti refuse les effets. Avec une caméra tenue à distance, il observe en plans-séquences, tel l'œil du témoin, la tragédie se mettre en place.

La distribution, composée uniquement de locaux, acteurs professionnels ou amateurs, ajoute au sentiment de véracité. Les hors-la-loi s'habillent en tee-shirts-jeans-baskets, portent une banane en bandoulière et parlent les uns sur les autres. Les alliances se nouent au bistrot, les comptes se règlent hors-champ. Le chœur antique prend la forme d'un repas du dimanche entre épouses et mères qui s'admonestent avec un franc-parler et un accent dont le naturel n'a rien de pittoresque.

Un poison lent qui enserre le spectateur

Étonnant, d'ailleurs, comme ce film d'hommes, au fur et à mesure que la loi du milieu fait son œuvre, n'est plus peuplé que par des femmes. Anti-spectaculaire mais d'un réalisme qui fait froid dans le dos, « Une vie violente » agit comme un poison lent : on met du temps à en saisir le goût, à en déceler la portée, et le moment venu, il a déjà fait son effet.

Le cercle inéluctable de la violence liée au nationalisme mafieux a pris Stéphane et les spectateurs dans son étau. Le film, d'une durée de 1h47, est également disponible à la demande sur myCANAL.

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