Ulrich Siegmund, figure montante de l'extrême droite allemande, galvanise les foules et fait trembler Berlin. Ce dirigeant de l'AfD en Saxe-Anhalt, région de l'est de l'Allemagne, est devenu en quelques mois une figure incontournable du paysage politique national. Ses discours enflammés, mêlant nationalisme et critique de la politique migratoire, attirent des milliers de sympathisants, mais suscitent également l'inquiétude des partis traditionnels et des observateurs.
Une ascension fulgurante
Né en 1977 à Halle, Ulrich Siegmund a gravi les échelons de l'AfD avec une rapidité déconcertante. Élu député au Landtag de Saxe-Anhalt en 2021, il a rapidement imposé son style direct et provocateur. En 2024, il prend la tête du parti dans la région, succédant à une direction jugée trop modérée. Depuis, il multiplie les meetings publics, rassemblant jusqu'à 5 000 personnes lors de ses apparitions, un chiffre rare pour un parti politique régional.
Son discours repose sur des thématiques simples : défense de l'identité allemande, rejet de l'immigration et critique des institutions européennes. Il appelle régulièrement à la « remigration », un terme controversé désignant le renvoi des étrangers en situation irrégulière, mais que ses détracteurs assimilent à une politique xénophobe. Lors d'un rassemblement à Magdebourg en juillet dernier, il a déclaré : « Nous devons rendre notre pays à nos enfants, pas à ceux qui veulent le détruire. »
Une rhétorique qui inquiète Berlin
La montée de Siegmund ne laisse pas le gouvernement fédéral indifférent. Le chancelier Olaf Scholz a publiquement condamné ses propos, les qualifiant de « dangereux pour la cohésion nationale ». Les services de renseignement intérieur (Verfassungsschutz) ont placé l'AfD de Saxe-Anhalt sous surveillance en raison de « tendances extrémistes » avérées. Selon un rapport confidentiel daté de juin 2025, le parti régional entretiendrait des liens avec des groupuscules néonazis, une accusation que Siegmund rejette en bloc.
Cette radicalisation s'explique en partie par le contexte régional. La Saxe-Anhalt, ancienne région de la RDA, souffre d'un chômage élevé (8,2 % contre 5,7 % au niveau national) et d'un sentiment d'abandon ressenti par une partie de la population. Siegmund capitalise sur ce malaise, promettant de « réveiller le peuple » et de « restaurer la fierté allemande ». Ses meetings, souvent organisés dans des petites villes désindustrialisées, attirent un public en quête de repères, mais aussi des militants plus radicaux.
Un impact électoral mesurable
Les sondages confirment cette dynamique. Aux élections régionales de 2026, l'AfD de Siegmund est créditée de 27 % des intentions de vote, en hausse de 6 points par rapport à 2021. Ce score placerait le parti en deuxième position, derrière la CDU, et pourrait lui donner un rôle de faiseur de roi dans la formation du gouvernement régional. Les partis traditionnels, eux, refusent toute coalition avec l'extrême droite, mais cette position pourrait être difficile à tenir si l'écart se resserre.
Au-delà des chiffres, c'est l'impact sociétal qui préoccupe. Les manifestations contre l'AfD se multiplient, réunissant parfois plus de 10 000 personnes dans les grandes villes. À Halle, la semaine dernière, une contre-manifestation a dégénéré en affrontements avec la police, faisant 23 blessés légers. Siegmund, loin de s'apaiser, a dénoncé une « dictature de la gauche » et promis de « continuer le combat ». Les prochaines semaines s'annoncent décisives pour l'équilibre politique de la région, alors que la campagne électorale bat son plein.



