Alors que Donald Trump assure depuis le Bureau ovale que des négociations sont en cours avec l'Iran et qu'un accord sur le détroit d'Ormuz est « imminent », la diplomatie iranienne dément catégoriquement tout pourparler. Cette contradiction apparente révèle une stratégie de communication maîtrisée, fondée sur des techniques rhétoriques bien connues des linguistes.
L'illusion performative : créer la réalité par le verbe
En linguistique, la théorie des actes de langage qualifie un énoncé de « performatif » lorsque le fait de prononcer la phrase réalise l'action elle-même, comme lorsqu'un maire déclare : « Je vous unis par les liens du mariage ». Clément Viktorovitch analyse ce procédé dans son ouvrage Le Pouvoir rhétorique : Apprendre à convaincre et à décrypter les discours.
En affirmant qu'un dialogue est en cours au sujet du détroit d'Ormuz, Donald Trump cherche à produire une magie performative : il tente de « matérialiser la négociation par la seule force de sa parole ». Même si Téhéran oppose un démenti cinglant, transformant la déclaration en « illusion performative » aux yeux des diplomates, l'image retenue est celle d'un président actif, assis à une table de négociation.
La préemption discursive : prendre l'adversaire en otage
Pourquoi annoncer des discussions inexistantes ? C'est le principe même de la préemption discursive, parfois appelée « fait accompli discursif ». La manœuvre consiste à décréter publiquement qu'un échange existe pour forcer la main de son interlocuteur. Donald Trump est un habitué de cette astuce, comme l'analyse Alain Bauer dans son essai Trump, le pouvoir des mots : Décryptage d'une redoutable mécanique de persuasion de masse.
En prétendant que l'Iran a « supplié » pour que les frappes américaines soient suspendues afin de laisser une chance à la diplomatie, Donald Trump enferme Téhéran dans un dilemme rhétorique. Soit l'Iran confirme et accepte de négocier sous la pression, soit il dément et passe aux yeux du monde pour le « belliqueux » qui refuse la main tendue et ferme une voie maritime stratégique pour l'économie globale. La préemption discursive permet ainsi à Washington de se libérer de la responsabilité du blocage.
La petitio principii : valider la conclusion avant la démonstration
Sur le plan de la logique dialectique, le comportement de Donald Trump s'apparente à une classique « pétition de principe » (petitio principii en latin). Ce sophisme, parfaitement analysé par Clément Viktorovitch, consiste à poser comme acquise une prémisse qui est précisément l'objet du litige.
En affirmant : « Il y a un accord sur Ormuz, et il y en aura un sur la dénucléarisation », le président américain présuppose que l'Iran a déjà accepté le cadre de la reddition ou du partage de souveraineté sur le détroit. Or, c'est précisément le cœur du conflit militaire et diplomatique. En agissant comme si le principe de l'accord était acté, Trump tente de sauter l'étape des concessions pour ne discuter de facto que des modalités d'exécution.
Le dialogue fantôme et la guerre des récits
Faute d'interlocuteur réel à la table des négociations, Donald Trump s'adonne à ce que les politologues appellent la communication d'affichage ou le dialogue unilatéral. Dans cette guerre des récits (narrative warfare), l'interlocuteur officiel (l'Iran) n'est plus qu'un prétexte. Christian Salmon explique, dans son ouvrage L'Ère du clash, que les véritables destinataires du discours sont alors ailleurs.
Il s'agit de rassurer les marchés financiers - pour faire retomber artificiellement la pression sur les cours du pétrole brut -, les alliés régionaux des pays du Golfe, et son électorat. Donald Trump veut incarner la posture du « dealmaker » dur mais magnanime, offrant une « dernière chance » à son adversaire avant l'escalade.
Génie de la dialectique ou adepte du bluff grossier ?
Si la méthode exaspère les diplomates chevronnés et suscite l'ironie des médias d'État à Téhéran, elle démontre une maîtrise pragmatique du pouvoir du récit. En politique étrangère selon Donald Trump, peu importe que le dialogue soit réel ou fictif : l'important est d'être celui qui en écrit le scénario.



