LGV Marseille-Nice : les opposants contestent le report modal en appel
LGV Marseille-Nice : opposants contestent le report modal

Ce mardi 15 septembre, la cour administrative d’appel de Marseille a examiné le recours des opposants à la ligne nouvelle ferroviaire Provence-Alpes-Côte d’Azur (LNPCA), qui relient Marseille à Nice. Après avoir été déboutés en première instance le 18 juillet 2025, six requérants ont tenté de faire annuler la déclaration d’utilité publique (DUP) des phases 1 et 2, décrétée le 13 octobre 2022. Le rapporteur public a proposé de confirmer le jugement initial, mais les débats ont mis en lumière des critiques sur l’étude socio-économique du projet, notamment sur le report modal annoncé de 62 % des voyageurs vers le train à l’horizon 2050.

Une audience sous tension, des travaux annoncés le même jour

Le jour de l’audience, le maître d’ouvrage a annoncé dans un communiqué matinal le début des travaux dans le Var, à Carnoules et Solliès-Pont. Une coïncidence qui a fait réagir l’avocat toulonnais Eric Dragone, représentant le collectif « Stop LGV Sud Sainte-Baume » : « C’est peut-être une coïncidence mais on peut y voir un moyen de pression pour dire que le dossier avance. C’est quand même très curieux que ça tombe le jour de l’audience… »

Six requérants se sont pourvus en appel : le collectif Stop LGV Sud Sainte-Baume, les associations des Vins de Bandol, Bio consom’acteurs Mer Estérel à Puget-sur-Argens, Trait d’union - Résol 21 basée à Aubagne, la Confédération paysanne du Var et le parti Régions et peuples solidaires. Un septième, l’Association de sauvegarde du Plan de La Garde, a abandonné, malgré la destruction prévue de 1,76 hectare de zone humide pour le réaménagement de la gare de La Pauline.

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Le rapporteur public défend l’intérêt général du projet

Après une heure de retard due à une coupure d’électricité, le rapporteur général Laurent Lombart a proposé à la cour de confirmer le jugement de première instance. Selon lui, le projet répond à un intérêt général : « Le projet a-t-il un intérêt général ? Nous ne ferons pas de circonvolution, la réponse est oui. Il répond à une amélioration des transports du quotidien et à un gain de temps (20 minutes entre Marseille et Nice, Ndlr). » Il a également jugé légale l’enquête publique, « sans dissimulation ou désinformation », et l’étude d’impact « complète et précise » sur la pollution de l’air, les nuisances sonores, les vibrations, le risque sismique pour le tunnel de 8 km à Marseille, les inondations et l’évacuation des déblais.

L’avocat des opposants, Eric Dragone, a contesté ces conclusions, pointant des « insuffisances graves » sur les risques climat et urbanisation. Il a cité un géomètre expert selon lequel « la construction de tunnel bitube sous Marseille revêt un danger majeur eu égard à la constitution du sol », rappelant que « le tunnel de Toulon s’est écroulé et son coût a été multiplié par 5 ». Il a également dénoncé « une sous-estimation des crues rapides » liées au changement climatique et les émissions de gaz à effet de serre, ajoutant : « Il n’y a aucune enquête indépendante dans ce dossier qui relève du vœu pieux ».

Le report modal de 62 % au cœur des critiques

Le rapporteur public a salué « une rentabilité positive » du projet, mais Me Dragone s’est concentré sur l’étude socio-économique qui prévoit que 62 % des voyageurs délaisseront leur voiture pour le train à l’horizon 2050. « 62 % vont abandonner leur voiture ? Qui peut croire ça ? La rentabilité du projet est basée sur ce report modal mais il n’y a aucune étude sérieuse », a-t-il plaidé. Il a également souligné que « en 1973, on ralliait Marseille à Nice en 2 h 08, aujourd’hui il faut 2 h 45. Même avec 20 minutes en moins on n’y est toujours pas ».

En défense, Me Charzat, avocate de SNCF Réseau et SNCF Gares et Connections, a répondu : « Les travaux sont nécessaires car on a atteint un point de blocage avec 150 trains par jour. L’intérêt général est identifié car Marseille, Toulon et Nice souffrent d’embouteillages qui créent 31 500 km de voitures à l’arrêt à l’année. »

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À la sortie de l’audience, Didier Cade, président du collectif Stop LGV Sud Sainte-Baume, a ironisé : « Même la partie adverse a des arguments qui vont dans notre sens puisque l’avocate de SNCF Réseau a avoué que la ligne historique Marseille – Toulon - Nice a été délaissée. On justifie ce projet pour un gain de temps mais on l’a laissé se dégrader. »

Le jugement est attendu sous deux à trois semaines. Si les requérants sont de nouveau déboutés, il leur restera une ultime étape : le Conseil d’État.