L'Otan face à la menace de retrait américain : une crise majeure se profile
L'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (Otan) pourrait-elle devenir une victime collatérale du conflit en Iran ? Cette question cruciale se pose avec acuité après les déclarations fracassantes de l'ancien président américain Donald Trump. Le 1er avril, dans un entretien au Telegraph, il a menacé de retirer les États-Unis de l'Alliance atlantique, dénonçant avec virulence le refus de plusieurs pays européens d'envoyer des navires pour débloquer le détroit d'Ormuz, situé à proximité des côtes iraniennes.
Des propos incendiaires qui remettent en cause l'Alliance
« Je dirais que [l'adhésion des États-Unis à l'Otan] est plus que sujette à réexamen », a lancé Donald Trump, avant d'ajouter : « Je n'ai jamais été impressionné par l'Otan. J'ai toujours su qu'ils n'étaient qu'un tigre de papier, et [Vladimir] Poutine le sait aussi, d'ailleurs ». Ces déclarations reflètent l'exaspération du dirigeant américain face au refus unanime des alliés de l'organisation de se joindre à l'offensive américano-israélienne contre l'Iran, qui a débuté le 28 février par des frappes aériennes.
Fondée en 1949 pour contrer la menace soviétique, l'Otan regroupe des pays européens, les États-Unis et le Canada, constituant depuis lors la pierre angulaire de la sécurité occidentale. L'article 13 du Traité de l'Atlantique Nord prévoit qu'un État membre peut se retirer après avoir notifié son intention au gouvernement américain avec un préavis d'un an.
Une loi de 2023 pourrait contrecarrer les plans de Trump
Mais Donald Trump peut-il réellement décider unilatéralement du retrait américain ? La Constitution américaine fait du président le commandant en chef des forces armées, lui conférant le pouvoir de diriger les opérations militaires, tandis que le Congrès contrôle le financement et la déclaration de guerre. Cependant, une loi adoptée en 2023 pourrait sérieusement entraver ses projets.
Promulguée par Joe Biden, cette législation interdit à tout président américain de suspendre, de mettre fin, de dénoncer ou de retirer les États-Unis du traité fondateur de l'Otan, à moins que ce retrait ne soit approuvé par une majorité des deux tiers au Sénat, qui compte 100 membres. Cette mesure, intégrée comme amendement à la loi d'autorisation de la défense nationale de 2024 (NDAA), visait explicitement à protéger l'organisation en cas de retour au pouvoir de Donald Trump.
Ironie du sort, les principaux auteurs de cet amendement étaient le sénateur démocrate Tim Kaine (Virginie) et le sénateur républicain Marco Rubio (Floride). Ce dernier, qui occupe désormais les fonctions de secrétaire d'État et de conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, a pourtant déclaré mardi que Washington devrait réexaminer ses relations avec l'Otan après la guerre en Iran. Notons que l'amendement précise qu'aucun fonds américain ne peut être dépensé pour un retrait de l'alliance.
Un bras de fer juridique et constitutionnel imminent
Si Donald Trump tentait de se retirer de l'Otan sans l'approbation du Congrès, il s'exposerait à des poursuites judiciaires. L'issue d'un tel conflit serait extrêmement complexe. En 2020, le conseiller juridique du ministère de la Justice avait estimé que seul le président pouvait retirer les États-Unis d'un traité. Un rapport du Service de recherche du Congrès, publié en février 2026, confirme que l'exécutif pourrait s'appuyer sur cet avis pour contester la constitutionnalité de l'amendement à la NDAA, arguant qu'il empiète sur l'autorité exclusive du président en matière de politique étrangère.
Cependant, comme l'explique Curtis A. Bradley, professeur à la faculté de droit de l'université de Chicago, « la Constitution exige l'intervention du Congrès pour que les présidents puissent conclure des traités, ce qui suggère que ce n'est pas un domaine relevant exclusivement du pouvoir présidentiel ».
En clair, l'annonce d'un retrait de l'Otan par Donald Trump pourrait déclencher un véritable bras de fer institutionnel entre les pouvoirs exécutif et législatif. La Cour suprême des États-Unis, dont la majorité conservatrice statue souvent en faveur du président républicain, n'a jamais examiné le fond d'une affaire de retrait de traité, ajoutant une incertitude majeure à cette crise potentielle.



