Trump réclame l'aide de l'OTAN pour Ormuz mais l'Europe oppose une fin de non-recevoir
Trump demande l'OTAN pour Ormuz, l'Europe refuse

L'appel pressant de Trump à l'OTAN pour le détroit d'Ormuz

Donald Trump, le président des États-Unis, affiche une posture contradictoire qui ne manque pas d'interpeller ses alliés. Alors qu'il prône habituellement un unilatéralisme assumé dans la conduite des affaires mondiales, le voilà qui, face aux difficultés croissantes dans le détroit d'Ormuz, se tourne soudainement vers l'OTAN pour réclamer son assistance. Dans un entretien accordé au Financial Times, il lance un avertissement sans équivoque : « S'il n'y a pas de réponse, ou si la réponse est négative, je pense que ce sera très mauvais pour l'avenir de l'OTAN. » Il justifie sa demande par un principe de réciprocité, affirmant avec un mélange de candeur et de calcul : « Il est juste que les bénéficiaires du détroit aident à s'assurer que rien de mauvais n'y arrive. »

Une demande hors mandat pour l'Alliance atlantique

Le problème fondamental réside dans la nature même de l'OTAN. L'Alliance atlantique est un pacte de défense collective, conçu pour protéger ses membres contre une agression extérieure. Elle n'a pas pour vocation d'escorter des pétroliers dans un détroit où Washington a, selon de nombreux observateurs, allumé l'incendie sans consulter préalablement ses partenaires. Cette requête inhabituelle suscite immédiatement des réactions sceptiques, voire critiques, au sein des capitales européennes.

Les réticences européennes : de Varsovie à Madrid

La Pologne, pourtant réputée pour son atlantisme fervent, exprime publiquement ses réserves. Radoslaw Sikorski, le ministre polonais des Affaires étrangères, pointe du doigt la sémantique employée par Trump : « Il est inquiétant que le président Trump parle de l'OTAN en disant “eux”, comme si c'était l'Europe, et non “nous”. » Cette distanciation verbale est perçue comme révélatrice d'une vision fracturée de l'Alliance.

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Face à cette impasse, certaines voix à Bruxelles explorent une piste alternative : étendre la mission européenne Aspides, actuellement déployée en mer Rouge pour contrer les Houthis, au détroit d'Ormuz. Cependant, cette proposition bute rapidement sur l'exigence d'unanimité pour modifier son mandat. L'Espagne, froissée par les récentes positions de Donald Trump, oppose un refus catégorique, fermant sèchement la porte à cette éventualité.

La méfiance de Rome et le pragmatisme de Berlin

Plus surprenant pour l'administration américaine, même le gouvernement italien de Giorgia Meloni, pourtant aligné sur de nombreux dossiers, se montre circonspect quant à une implication militaire dans la région. Antonio Tajani, ministre des Affaires étrangères italien, estime qu'étendre Aspides à Ormuz ne constituerait pas un simple ajustement, mais une refonte totale – une « stravolta », selon ses propres termes.

Outre-Rhin, la réponse est encore plus directe. Boris Pistorius, le ministre allemand de la Défense, s'interroge avec ironie : « Qu'est-ce que Donald Trump attend d'une poignée ou deux de frégates européennes dans le détroit d'Ormuz que la puissante marine américaine ne peut pas faire ? » Il rappelle avec fermeté : « Ce n'est pas notre guerre, nous ne l'avons pas commencée. » Emmanuel Macron, anticipant les blocages institutionnels, privilégie quant à lui une approche hors cadre, via une « coalition des volontaires », mais uniquement après la résolution du conflit.

Des contraintes matérielles et des priorités divergentes

Au-delà des réticences politiques, de nombreux pays européens invoquent des impossibilités matérielles concrètes :

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  • La Finlande doit surveiller 1 340 kilomètres de frontière avec la Russie et ses frégates sont déjà mobilisées.
  • La Roumanie est engagée dans la surveillance de la mer Noire.
  • Le Danemark, pourtant grande nation maritime, ne contribue à Aspides que par un état-major et promet d'étudier la question.
  • La Lituanie concentre toute son attention sur le soutien à l'Ukraine.

Le Luxembourg, avec une franchise désarmante, résume la situation : 800 soldats et un demi-avion partagé avec la Belgique. « Ne me demandez pas des troupes et des machines », déclare avec humour le ministre des Affaires étrangères Xavier Bettel. En somme, l'Europe est déjà « en ordre de bataille ailleurs » – sur son flanc est, en Baltique et en mer Noire. L'arrivée de Trump avec sa demande pour Ormuz est comparée à celle d'un invité en retard à une fête : les verres sont vides et chacun a déjà pris d'autres engagements.

L'opacité des objectifs américains et un unilatéralisme contre-productif

Cette réticence européenne est également nourrie par une profonde incertitude quant aux véritables intentions de Washington. Après deux semaines de frappes aériennes sur l'Iran, nul en Europe ne sait précisément ce que les États-Unis cherchent à accomplir : la destruction des capacités nucléaires iraniennes, un changement de régime, ou une capitulation négociée ? Johann Wadephul, ministre allemand des Affaires étrangères, déplore : « Nous voulons d'abord que les États-Unis nous disent quels sont leurs objectifs militaires en Iran, nous informent, nous associent à ce qu'ils font là-bas. Nous n'en sommes pas là… » Une interrogation qui, selon certains, pourrait même traverser l'esprit de Trump lui-même.

Pour comprendre ce dérapage stratégique, il faut remonter à début janvier. Enchaînant après l'arrestation réussie du président vénézuélien Nicolas Maduro, Trump s'était emballé pour un autre projet : l'annexion du Groenland. Face à la résistance organisée des Européens, il avait dû reculer. L'opération iranienne est alors apparue comme une nouvelle opportunité. Mais, agissant sans consulter ses alliés pourtant présents dans la région et partageant globalement les mêmes intérêts – la neutralisation de la menace que fait peser le régime de Téhéran –, Washington avance « comme un panzer sans carte ni boussole stratégique ».

Les Européens, de leur côté, jouent la carte de la temporisation, invoquant la diplomatie, d'autres priorités ou des contraintes techniques. Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie de l'UE, explore même une initiative onusienne inspirée de l'accord céréalier en mer Noire.

L'ironie cruelle de l'unilatéralisme

L'ironie de la situation est cruelle. En optant résolument pour l'unilatéralisme, Donald Trump pensait s'affranchir des lenteurs inhérentes aux processus de décision alliés. Le résultat obtenu est exactement inverse : il se retrouve face à des alliés libérés de toute obligation morale de le suivre. La leçon est élémentaire, mais semble devoir être apprise à ses dépens : quand on ne consulte pas avant d'agir, on ne saurait légitimement exiger la solidarité après coup. C'est la loi fondamentale des alliances – une loi que l'on ne comprend parfois pleinement qu'en la violant.