L'Europe pourrait-elle se passer de l'Otan et des États-Unis ?
Ces dernières années, les menaces d'un retrait américain et l'intensification des opérations hybrides russes contre les pays membres de l'Otan ont drastiquement accru la crainte d'une fragilisation, voire d'une disparition de l'Alliance atlantique. Pourtant, Rajan Menon, professeur émérite de relations internationales à la Colin Powell School for Civic and Global Leadership du City College of New York, ne partage pas cette inquiétude.
Une dépendance européenne surestimée
Selon cet expert, si les États-Unis ont tout intérêt à se maintenir au sein de l'Otan, l'Europe serait en réalité "loin d'avoir autant besoin de l'Alliance – et donc des États-Unis – qu'on le prétend souvent". Il affirme que l'Europe dispose des ressources économiques, technologiques et humaines nécessaires pour évoluer progressivement vers une plus grande autonomie en matière de défense, y compris face à la menace russe, qu'il juge par ailleurs surestimée.
Les objectifs historiques de l'Otan remis en question
Dans un entretien accordé à L'Express, Rajan Menon explique que l'Otan vit pour ainsi dire à crédit depuis la fin de la guerre froide. Il rappelle que lors de sa création, le premier secrétaire général, Lord Ismay, avait résumé sa mission en trois points :
- Garder les Américains à l'intérieur
- Garder les Russes à l'extérieur
- Garder les Allemands sous contrôle
Deux de ces objectifs ont aujourd'hui disparu selon l'expert. D'une part, l'effondrement économique de l'URSS dans les années 1990 a profondément affaibli la Russie et éliminé, du moins temporairement, la perception d'une menace directe pour l'Europe. D'autre part, les craintes d'un retour au militarisme allemand se sont dissipées assez rapidement après la Seconde Guerre mondiale.
L'intérêt américain dans le maintien de l'Otan
Il ne reste donc qu'un seul objectif selon Menon : maintenir les États-Unis au sein de l'Otan. Pour Washington, l'intérêt est clair, car l'Alliance lui fournit un vaste réseau de bases militaires et d'infrastructures en Europe, lui permettant de projeter sa puissance dans d'autres régions du monde. Dans le même temps, cette présence maintient l'Europe dans une dépendance vis-à-vis des États-Unis pour un élément fondamental : sa sécurité.
L'expert souligne que cette analyse remet en question la vision traditionnelle selon laquelle l'Europe serait vulnérable sans la protection américaine. Il suggère que les capacités européennes, bien que sous-estimées, pourraient permettre une transition vers une défense plus autonome, réduisant ainsi la dépendance stratégique envers les États-Unis.



